La route du Tichka

La kasbah des Glaoua à Telouet

Mis à jour : mercredi 25 novembre 2015 11:03

 

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Archives Daniel Rodier

Par son toponyme, qui veut dire lieu de réunion ou de rencontre, la localité de Telouet abritait une splendide kasbah. C’est en 1860 que fut commencée la construction de la kasbah des Glaoua par Mohamed dit « Ibibt », à côté d’une kasbah plus ancienne. C’était à la fois une résidence familiale et une base militaire tournée davantage vers le Sud et dominant la piste caravanière. Après la mort de Mohamed Ibibt en 1886, le commandement de la kasbah passa aux mains d’El Madani qui acheva la construction de la forteresse. Elle fut agrandie au cours du demi-siècle durant lequel les Glaoua détinrent un pouvoir prestigieux dans le Sud. Les descendants continuèrent les travaux de construction de la kasbah à savoir Hammou et Brahim, fils du pacha de Marrakech Si Thami.
Depuis 1956, la kasbah est en grande partie abandonnée.

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Quelques vues de la kasbah entre 1930 et 1935


Elle se composait d’une juxtaposition de bâtiments – diverses parties ayant été ajoutées, la fortune et le pouvoir des Glaoua s’accroissant. La kasbah offrait un ensemble impressionnant, tout à la fois forteresse, château et caravansérail. Dans cette architecture composite, les éléments urbains le disputaient à la tradition berbère, mais le tout était marqué du sceau d’une grandeur imposante. De la kasbah, il ne reste que la partie construite au début du XXe siècle, richement décorée, qui témoigne de la splendeur dans laquelle vivait le dernier seigneur de l’Atlas. On dit que 300 ouvriers travaillèrent durant plusieurs années pour sculpter les plafonds et les murs.

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Mission Segonzac 1904
Archives Daniel Rodier
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On pénètre dans la kasbah par une grande porte renforcée à l’aide d’une clef de quelque 25 centimètres de long pour déboucher dans une cour pavée de larges pierres. Jadis des danses berbères s’y déroulaient sous le regard des Glaoua installés à un balcon, au premier étage de l’édifice. Le balcon réservé aux favorites est encore presque intact. C’est la partie de style citadin que l’on visite, celle qui abritait les fastueux appartements familiaux. La salle de réception donne sur la campagne par de belles fenêtres grillagées. Un décor somptueux de stucs et de zelliges tapisse entièrement les murs et le sol, avec de magnifiques coupoles de cèdre peint. De grandes portes peintes étaient fermées par des serrures en argent ciselé.

 

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De Mazières M. & Goulven J. Extrait de : Les kasbahs du Haut Atlas.
Edité par “La vie marocaine illustrée”, février 1932.
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1931. Col de Telouet. Le guide qui a conduit
M. De Mazières et J. Goulven


Ici, la kasbah prend un aspect de forteresse plus qu’ailleurs, notamment que dans la vallée d’Ounila, du Dadès et du Drâa où le dessin géométrique réside davantage dans la décoration extérieure des murs. Une muraille d’enceinte entoure cette citadelle; car c’est une petite ville dans ses murs.

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Dans cette cité à l’ensemble tarabiscoté, les bâtiments, juxtaposés dans une série d’enceintes concentriques et ne paraissant reliés entre eux que par des couloirs voûtés marquent les âges différents dans la construction et les besoins défensifs d’une époque; il ne peut y avoir ni architecture, ni plan d’ensemble.
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Parure de Telouet
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Cette masse rougeâtre aux tours massives et sans ordre est hérissée de créneaux qui se découpent dans le ciel comme une dentelle blanche. Seul, le bâtiment, qui au-dessus du mur d’enceinte regarde au Nord l’Atlas, aurait l’aspect d’une paisible maison d’habitation, s’il nétait renfermé comme les autres dans la ceinture des murs. Le danger en effet vient du Sud, et ce danger est réel; c’est pourquoi des parties de kasbah sont de véritables ouvrages fortifiés.
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Voici d’ailleurs la disposition des lieux : porte principale gardée par les hommes de la milice du caïd Si hammou; couloirs voûtés et première cour qui ressemble à un marché avec ses petites échoppes flanquées contre les murs.
Puis couloir voûté et deuxième cour : c’est l’hôtellerie aux chambres superposées sur deux côtés où les gens de passage reposent la nuit, en groupe dans les chambres de la cour ou isolément et par famille au-dessus.
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Ensuite, couloir voûté plus sombre, avec des coudes et l’on parvient dans une petite cour intérieure où donnent les chambres des hôtes de marque et les invités. Entre les deux premières cours, c’est un va-et-vient d’une foule bigarrée et bruyante : montagnards, gens du Sud, femmes, enfants, esclaves noirs toujours affairés, moutons, mulets, chevaux : un caravansérail. La caravane s’y repose, y troque des produits contre d’autres produits, et se trouve même emprisonnés par les temps de neige qui rendent les cols infranchissables ou quand les pluies ont détrempé les pistes argileuses. Le caïd veille sur ce monde et perçoit un droit de séjour, un droit de péage pour l’abri qu’il donne et pour la sécurité qu’il assure.
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Photos extraites du livre de Henri Terrasse : Kasbas berbères de l’Atlas et des Oasis.
Horizons de France 1938

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Tous les corps de bâtiments sont indépendants du centre de la kasbah, demeure personnelle du caïd et de ses nombreux domestiques. Les bâtiments qui donnent dans la première cour sont de pisé rouge couronnés de créneaux qui dans leur blancheur de chaux, semblent plutôt faits pour une parade.

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De la deuxième cour, apparaît un bâtiment de maçonnerie de pierres, face au Sud, c’est-à-dire au chemin de l’ennemi. IL est très élevé avec des donjons à ses angles; la crête de ce bâtiment est garnie de merlons de pierres formant créneaux avec gargouilles et sur les deux côtés des donjons, des échauguettes de guetteurs ouvertes en dessous pour le jet des projectiles, solides ou liquides. L’on voit des mâchicoulis sur les murs du corps principal du bâtiment.

Les donjons semblent avoir trois étages, d’après les créneaux apparents dans les murs.
Le bâtiment central comporte deux hautes voûtes surmontés de mâchicoulis. Ce fort était probablement le réduit de la cité. C’est donc tout un appareil que présente la kasbah de telouet commandée actuellement par Si Hammou.
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Novembre 1942. Le général Patton et le Résident Noguès
en visite à Télouet avec le Pacha de Marrakech
Archives Decordier

Le village de Telouet a un quartier de chirâts pour la distraction du caïd et pour les fêtes réservées aux invités et pour attirer les caravaniers. Le caïd nous fait les honneurs de sa maison, de son jardin intérieur dont il est fier, de son salon meublé à l’européenne, où se trouve un piano demi-queue. pour qui a suivi, à cette époque, les sentiers raides creusés dans les rochers, couverts de pierres qui roulent sous les pas, cela paraît impossible de monter à Telouet, un piano et un moteur pour l’électricité. Ce sont des tours de force qu’on ne s’explique que de rudes efforts d’hommes de peine, nombreux, presque esclaves, sous la férule d’un caïd.
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En face de la citadelle, de l’autre côté du ravin, on aperçoit la demeure toute blanche, comme une maison de campagne, de Si Mohamed. Elle n’a pas du tout l’aspect guerrier; c’est plutôt la maison d’un riche campagnard, avec des galeries ouvertes sur les terrasses. Le village de Telouet, à l’abri de la kasbah, est un village de fellah, cultivateurs travaillant pour le caïd. De nombreux ruisseaux descendant des sommets de l’Atlas fertilisent la terre qui prend jusqu’à l’été une riante couverture verte.
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Telouet. Huile sur carton de Jacques Majorelle

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Carte postale de Géo Fourrier

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Une composition photographique
de Pierre Boucher
Telouet 1934

 

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Remerciements

Merci à Madame Balmigère, à Madame Decordier, à Monsieur Lafite, à Madame Kerhuel et à Pierre Katrakazos pour avoir accepté de mettre leurs archives familiales à disposition. Sauf indication contraire, les documents reproduits font partie des archives de l’auteur.