Goums, tabors, tirailleurs & partisans

Les goumiers, hommes de guerre

Mis à jour : lundi 2 février 2015 10:35
Affiche_troupes_coloniales_copyLe 9 mai 1956, à N’Kheila, non loin de Rabat, par une chaleur étouffante, le drapeau des goums fut présenté pour la dernière fois à ceux qui l’avaient servi sans défaillance et avec héroïsme depuis 1908 et qui, le lendemain, devaient quitter l’armée française pour entrer dans l’Armée royale marocaine.
Qui étaient ces goumiers ? Uniquement des volontaires, venus à la France, le plus souvent, après des années de luttes ardentes. La facilité avec laquelle l’armée française put utiliser dans ses rangs, dès le lendemain de leur soumission, ces hommes ralliés pour les lancer à l’attaque de leurs frères demeurés insoumis, s’explique par l’hostilité qui, de tout temps, dressa les unes contre les autres les tribus berbères.
Dans l’esprit des guerriers des tribus ralliées, une telle volte-face ne pouvait être qualifiée de trahison. Ils ne faisaient que reprendre une lutte traditionnelle et bien souvent ancestrale, aux côtés de la France et avec son appui, c’est-à-dire avec des chances nouvelles d’être du côté du plus fort. Certes, ils ne furent pas insensibles aux avantages matériels offerts, mais ils furent surtout attirés dans les rangs de l’armée française par leur goût du baroud et du danger et par la fierté de porter un uniforme barré de cuirs rutilants dans lequel ils aimaient se montrer aux leurs.
Hommes braves jusqu’à la témérité, toujours prêts à sacrifier délibérément leurs biens, leur famille et, plus facilement encore, leur vie pour défendre leur liberté, qui, vaincus et passés dans le camp de la France, mirent à son service leurs qualités guerrières, leur connaissance parfaite d’un pays dont ils savaient utiliser d’instinct les moindres avantages. Pour eux la guerre restait une aventure tenant du merveilleux et les animateurs de cette légende furent leurs officiers et sous-officiers français pour lesquels ils sacrifièrent souvent leur vie.
Contrairement à ce qui s’est dit, les six goums créés en 1908 n’ont jamais combattu en France lors de la Première Guerre mondiale; ils continuèrent au Maroc à barouder pour amener sous l’autorité du Sultan, toutes les tribus de son empire dont le plus grand nombre n’avaient encore jamais voulu reconnaître sa souveraineté.
Si le drapeau des goums a été décoré de la croix de guerre 1914-1918, avec palme, c’est uniquement au titre du “Front marocain”. Ainsi les goums prirent une part éclatante à l’unification de leur pays, menant chaque jour, jusqu’en 1934, date de la fin de la pacification dans l’Atlas et dans le Sud du Maroc, une rude guerre de patrouilles, d’embuscades, d’avant-garde de colonnes, au cours de laquelle vingt-sept mille officiers, sous-officiers et soldats français et marocains, fraternellement unis, tombèrent pour faire régner la paix et la prospérité sur toutes les terres marocaines rassemblées pour la première fois sous l’autorité du Sultan.
La Seconde Guerre mondiale les retrouva dans la noble attitude de ces guerriers qui, à aucun moment, comme les tirailleurs ou les spahis, ne doutèrent de la France.
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Les goums aux mains des officiers des A.I.
Dès 1920, la décentralisation du commandement apparut nécessaire. Sur proposition du général Lyautey, les commandants de Cercle reçurent, vis-à-vis des goums stationnés sur leur territoire de commandement, les mêmes attributions qu’un chef de bataillon, en ce qui concerne la discipline, l’instruction, l’organisation et le recrutement.
Cette mesure ne porta pas ombrage à l’initiative laissée à chaque commandant d’unité, toujours en honneur dans les goums depuis leur création. Ils devinrent de plus en plus un ensemble humain et social entièrement dans les mains des officiers du Service des Renseignements qui prendra plus tard le nom de Service des Affaires Indigènes (A.I.).
L’exercice du commandement d’un goum en bordure de la dissidence était une école, dont les leçons se traduisaient par un incontestable enrichissement individuel aux multiples aspects : épanouissement de la personnalité et formation du caractère; amour de la responsabilité et de l’initiative, reconnaissance des qualités essentielles et respect des faits; enseignements tactiques de base dans la recherche du renseignement, la sûreté, la surprise, la manœuvre élémentaire, ainsi que la sanction, parfois sévère, contre toute faute du chef; enfin, un élargissement incontestable de la culture du pays en même temps qu’un approfondissement spirituel.
Appartenir au Service des Affaires Indigènes était le fruit d’une sélection par vocation et résultait d’une capacité reconnue. Ces jeunes cadres avaient le même idéal : attrait du bled et de ses populations, désir de liberté dans l’action, parfois un peu aventureuse, ainsi que joie et fierté de participer à un modeste échelon, à une belle œuvre, digne de la France: le Protectorat du Maroc. Façonnés au moral et assez souvent au physique par la permanence de la vie en campagne, une solide camaraderie les unissait les uns aux autres...
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Les troupes marocaines prises entre deux légitimités françaises et le Sultan du maroc fidèle a ses convictions
Les soldats marocains, à l’instar des autres troupes d'Outre-mer de l'armée française, se retrouvent confrontés à la lutte entre le gouvernement de Vichy et la France libre. Lutte, dont un grand nombre d'entre eux ne comprennent guère le sens. En fait, c'est avant tout le drapeau du régiment et ses chefs, que servent et suivent les soldats marocains, avec une indéniable loyauté mais sans état d'âme. …
De son côté, attristé par la défaite française de 1940, Sidi Mohamed ben Youssef se résout, quant à lui, à suivre la décision du Résident général Noguès, qui a choisi de demeurer fidèle au gouvernement légal de la France, celui du maréchal Pétain. Mais le Sultan du Maroc ne trahira pas ses convictions profondes. Bien qu’approché par des représentants des puissances de l’Axe, il refusera tout contact officiel avec les Allemands et les Italiens.
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Les goums dans la Seconde Guerre mondiale
D’après un texte aimablement communiqué par André Fougerolles.
La mise sur pied des unités de Tabors qui regroupait chacune 4 goums eut lieu dans la clandestinité, de 1941 à 1943, au cœur du Haut-Atlas, camouflés en compagnies de travaux forestiers ou de travaux de piste, à la barbe de la commission d’armistice italo-allemande et avec la complicité active des populations, sans qu’aucune fuite ne vint jamais les trahir.
Cette mise sur pied le fut grâce aux officiers du corps des Affaires Indigènes aux ordres du général Noguès, commissaire résident général de France au Maroc, et avec l’accord du Sultan, Mohamed ben Youssef, futur Mohamed V. Lequel fit proclamer sur tous les souks son engagement auprès des troupes alliées contre les Allemands et le régime nazi.
L’emploi des goums pendant la guerre fut très particulier, soit en patrouilles profondes dans les lignes ennemies, soit en coup de main de commando dans des ruptures de front, soit en débordement par la montagne notamment, soit en opération de débarquement et même en combats de rue; bref des unités à tout faire, notamment dans les coups durs.
Avec les blindés, ils furent toujours le fer de lance des batailles. Dès décembre 1942, peu après le débarquement des Alliés en Afrique du Nord, les premiers goums recrutés pour la guerre furent envoyés en Tunisie en renfort des troupes de couverture du Détachement de l’Armée française commandé par le général Juin, pour contenir les troupes allemandes parachutées ou débarquées en renfort de l’Afrika Korps de Rommel harcelé par la VIIIe Armée de Montgomery.
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Accrochés aux dorsales tunisiennes, ils bloquèrent un ennemi désorienté par cette troupe insolente tombant des crêtes. Ils acquirent aussi l’estime des généraux Clark et Patton qui allaient devenir leurs avocats passionnés devant le Grand Etat-Major allié, lequel ne cessera de récuser cette troupe impensable dont ils redoutaient Dieu sait quel méfait à l’encontre des populations civiles délivrées ou ennemies.
En Août 1943, en Sicile, le IVe Tabor, sollicité par le généralPatton et commandé par le capitaine Verlet, fit un raid époustouflant à travers l’île. Le succes de ce Tabor en Tunisie est a l'origine de l'intérèt porté par le General Patton sur cette unité.
En septembre-octobre, pour la campagne de Corse, c'est le 1er Régiment de Tirailleurs Marocains qui repousse le bataillon SS Dorflinger et qui par son action permet au 2eme GTM de passer au col de Teghime.
Le 1er RTM, qui avait des éléments sur Bastia, reçut l'ordre de l'état major du général Martin de ne pas rentrer dans Bastia.
Les rapports officiels du 2eme GTM et du 1er RTM le confirment; en ligne ici :
http://www.famillebutlerdelarochelle.com/Latour.html
http://www.famillebutlerdelarochelle.com/liberationcorse.html
http://www.famillebutlerdelarochelle.com/kommandantur.html
Aujourd’hui, les Corses ont la mémoire bien courte...
En Italie, de décembre 1943 à juin 1944, les trois autres GTM, au sein du Corps Expéditionnaire Français, furent de la dure bataille de Monte Cassino où les Alliés se cassèrent d’abord les dents en de vains combats devant la ligne Gustav et ensuite la ligne Hitler. Ils y devinrent l’instrument miraculeux d’une audacieuse manœuvre recommandée par le général Juin. En contournant par les crêtes des Abruzzes ces lignes jusque-là inexpugnables, ils déclenchèrent la retraite de l’armée allemande. En flancs-gardes des corps de blindés, ils firent leur entrée dans Rome puis dans Sienne.
Simultanément, en juin 1944, à l’île d’Elbe, le 2e GTM, aux ordres du général de Lattre de Tassigny, se fit remarquer aux côtés des commandos de la Royal Navy dans le débarquement qui fut considéré comme le plus dur et le plus meurtrier de Méditerranée.
En août, en Provence, les goumiers se distinguèrent dans la rupture de la ligne de défense ennemie à Aubagne puis ensuite dans la libération de Marseille. Mais en quatre jours ils y laissèrent quelque sept cents des leurs. Ensuite, le Grand État-Major n’ayant apparemment plus besoin d’eux sur les routes, ils allèrent garder les grands cols des Alpes avant qu’on vienne les chercher en camion pour attaquer sur les Vosges où les choses devenaient autrement sérieuses.
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Pendant l’automne 1944 et l’hiver 1945, dans ces montagnes et en Alsace, les goums vécurent un calvaire dans une guerre de position qui n’était pas la leur. Et pourtant ils réussirent à contenir puis à repousser les plus dures divisions SS : la 369e de Chasseurs de montagne appelée de Norvège et la fameuse 326e Mongole, à leur image.
Au printemps 1945, en Alsace et en Allemagne, ils reprirent leur course victorieuse jusqu’à Stuttgart où l’armistice du 8 Mai les retrouva.
Le 16 juin, les 1er et 2e GTM défilaient à Paris sur les Champs Élysées et le 24 juin, les 3e et 4e GTM se présentaient à Stuttgart devant le général de Gaulle et le Sultan du Maroc, Mohamed ben Youssef.

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Le général De Gaulle décore...


Pendant toutes ces campagnes, les Tabors marocains firent 24000 prisonniers. Sur 12000 de leurs hommes engagés réellement dans les combats, ils en perdirent au total 8018, soit 67% de l’effectif, un des plus importants du côté allié.
Leurs fanions furent cités 10 fois à l’ordre de l’Armée. Leur drapeau a été décoré de la Légion d’honneur le 31 mai 1953 par le Maréchal Juin; il est aujourd’hui aux Invalides.
Au long de ces milliers de kilomètres, au cours d’une centaine de combats, beaucoup tombèrent, beaucoup souffrirent, mais les goumiers, étroitement liés à leurs chefs surent toujours montrer que leur âme guerrière, mise au service de la France, était restée égale à elle-même.
Ensuite, la guerre finie, les goums continuèrent à combattre en Indochine, de 1948 à 1954, aux côtés des troupes de l’Union française. Amenés de leurs plateaux et de leurs déserts dans une jungle humide et étouffante, les goumiers, tout en gardant fidèlement leurs traditions, s’adaptèrent remarquablement à la guerre asiatique, à la piste et à l’embuscade.
Engagés pour la durée des hostilités, les survivants démobilisés regagnaient leurs montagnes avec un pécule mais sans retraite militaire, sinon celle des anciens combattants toutefois réduite au 1/10 de celle que touchaient leurs camarades de combat français. Seules des initiatives privées, au niveau de leurs anciens chefs, procurèrent aussi longtemps que possible, des emplois dans des postes administratifs ou sur les chantiers de travaux publics, et notamment sur ceux des grands aménagements agro-énergétiques, pour la plupart réalisés dans leur domaine montagneux.

Le chant des Tabors *
composé par le sous-lieutenant Simonesco
Regardez les goums qui passent,
L’oeil brûlant comme des loups,
Quoi qu’on dise ou quoi qu’on fasse
Il faut bien compter sur nous.
Annibal et sa légende
Ne sont plus qu’un bruit lointain
Nous avons promené nos mantes
De l’Atlas par-delà le Rhin.
Dans les rangs des G.T.M.
A l’appel du grand Auroch
Retentit : Zidou l’gouddem !
Pour la France et pour le Maroc !
I.
Zidou l’gouddem ! Zidou l’gouddem !
Ecoutez le chant des Tabors
Marcher toujours, marcher quand même,
Jusqu’à la fin, jusqu’à la mort,
Tout en hurlant : Zidou l’gouddem !
C’est la dure loi du Tabor.
II.
Vêtus de nos robes de laine
Nous avons laissé nos troupeaux
Notre montagne et notre plaine
Pour ne connaître qu’un drapeau.
C’est le fanion d’un capitaine
Notre destin est le plus beau.
III.
Rappelle-toi la Tunisie,
Au temps de nos premiers assauts
Rappelle-toi la frénésie
Qui s’empare de notre peau
Lorsqu’au Zaghouan - Adieu la vie !
Nous nous battîmes au couteau.
IV.
Sur le sol de la Voie appienne
Nous avons traîné nos pieds nus
Puis ce fut la course vers Sienne,
L’ennemi fuyait éperdu.
Des baisers des belles Romaines,
Petit goumier, te souviens-tu ?
V.
Le beau 15 août, ce fut la France
Qui nous reçut, les bras tendus,
Nous apportant la récompense
Du bonheur enfin revenu,
Marseille et toute la Provence
Ont chanté quand ils nous ont vus.
VI.
Coureurs de bled, coureurs d’espace,
Bien serrés dans nos djellabas,
Il faut poursuivre la chasse
Pendant l’hiver, ô sombre mois !
Mais nous entrâmes en Alsace
Teintant de rouge le verglas.
VII.
Après le Rhin, la Forêt Noire
Nous vit surgir, tels des démons,
On se ruait vers la victoire,
Par un soir d’avril nous plantions,
Ah ! le beau soir d’or et de gloire,
Dans le Danube, nos fanions.
VIII.
On chantera, la chose est sûre,
Pendant cent ans et beaucoup plus,
Les exploits et les aventures
De ceux qui se sont battus.
Goumier à la robe de bure,
Tu peux rentrer dans ta tribu !
*Rappel : Pour la guerre en Tunisie et en Europe, les unités de Tabors furent créées à l’aide des goumiers, tirailleurs et spahis marocains.
Source : livre du Colonel Bel Madani : Coupable de fidélité. Nouvelles Editions Latines 1990

La prière du goumier
En décembre 1944, la prière du goumier fut rédigée par leurs cadres
pendant la veillée qui précéda la bataille de Colmar;
cette prière a été gravée dans le marbre du monument du col de Téghime en Corse
Remplis du souvenir d’une lumière unique
leurs yeux se sont fermés aux brumes d’Occident
Seigneur, permettez que les durs guerriers de Berbérie
qui ont libéré nos foyers et apporté à nos enfants
le réconfort de leur sourire
se tiennent contre nous, épaule contre épaule
et qu’ils sachent, ô qu’ils sachent Seigneur
combien nous les avons aimés.

Zidou l'goudddam ! - « Allez de l'avant ! »

DVD de 64 minutes - Année : 2007
Réalisation : Eric Beauducel - Auteurs : Eric Beauducel et Bernard Simon
Musique : Thierry Malet - Montage : Bernard Simon
Traductions : Mohamed Mazouad - Langues : Français/Arabe/Berbère
Producteur : Bernard Simon - Coproduction Arc en ciel productions et Cityzen TV
Dans le contexte de la sortie du film "Indigènes" et la décision soudaine du Gouvernement français d'aligner les pensions de ces vétérans sur celles des soldats français, ce film donne la parole à ces anciens dans leur cadre de vie ancien et actuel. Il permet de mieux comprendre ce lien unique de la France avec le Maroc et de découvrir l'épopée de ces tirailleurs ou goumiers à travers leur récit mais aussi ceux de leurs frères d'armes.
Le souhait de l’équipe fut, par ce documentaire, de participer au devoir de mémoire et de réaliser une véritable collecte de témoignages. Il ne reste aujourd'hui au Maroc que 20 000 vétérans, toutes guerres confondues (Seconde guerre mondiale, Indochine et Algérie) et ceux que concerne cette histoire ont tous dépassé les 80 ans. Au total, c'est plus d'une trentaine de témoins qui ont été interrogés et même lorsqu'ils n'interviennent pas tous dans ce film, leur parole est au moins préservée pour les générations futures.
La volonté des auteurs de ce documentaire est d'aller à la rencontre de ceux qui en sont les héros mais aussi des jeunes générations, bref de ne pas s'arrêter à une diffusion télévisuelle, même si elle a son importance.
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Pour le commander : Arc-en-Ciel productions, 16 rue des sports, 50570 Marigny
tel. 02 33 55 57 32 - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Goums devenus Tabors

Présentation du Général Guillaume pour le livre de J. Augarde : Tabor. Éd. France-Empire

Lorsqu’en 1908, le général d’Amade, commandant du Corps de débarquement du Maroc, ordonna la création des six premiers goums de la Chaouïa, véritables milices locales de Sidi Boubeker, Ouled Saïd, Settat, Kasbah ben Ahmed, Boucheron et Camp Boulhaut, il n’imaginait certainement pas que de sa timide expérience sortiraient dans l’avenir de valeureuses unités de combat.
Dès 1911, faute d’effectifs français et algériens suffisants pour l’instruction et l’encadrement, les goums cessent d’être des milices locales. Les six goums de la Chaouïa et les forces auxiliaires locales, au total deux mille hommes aux ordres du chef de bataillon Simon, chef du Service des Renseignements de Casablanca, forment l’avant-garde de la colonne qui se dirige vers le 25 avril sur Fès en révolte et où la colonie française court de grands dangers. Ce groupement se couvre de gloire et reste à l’avant-garde des troupes jusqu’à leur entrée dans la capitale du Nord, le 21 mai 1911.
Par la suite, d’éclatants succès leur valent une étonnante prospérité. Jusqu’en 1935, ces formations ne cessent en effet de proliférer : en 1914, il y a quatorze goums; en 1918, on en compte vingt et un; en 1934, ils sont cinquante et un. Sur le front de la dissidence, du Nord au Sud, menant chaque jour une rude guerre de patrouilles, d’embuscades, d’avant-garde de colonne, ils poursuivent inlassablement l’oeuvre de pacification que nous nous sommes fixée et au cours de laquelle soixante-trois officiers des Affaires Indigènes, quatre-vingt-dix-neuf sous-officier de l’encadrement, tombent à leur tête en les menant au combat.
Mais le but est à peine atteint que des menaces se précisent en Europe et obligent le gouvernement à envisager, en cas de conflit, le retrait d’une partie importante des troupes du Maroc. Un nouveau problème se pose pour les goums. A celui de la sécurité intérieure s’ajoutera désormais celui de la défense des frontières.
Dès le début de 1939, le résident général obtient de porter à cinquante-sept le nombre des goums actifs et de lever éventuellement cinquante et un goums auxiliaires qui feront annuellement une période d’instruction de vingt et un jours. C’est dans cet état de pré-mobilisation que les hostilités éclatent aux frontières du Nord-Est de la France. Les goums de marche sont mis sur pied et une partie d’entre eux est engagée contre l’Armée italienne du front tripolitain avant que ne sonne le “Cessez le feu” de l’armistice.
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Le général Guillaume parmi ses goumiers

L’armistice, qui signifie la défaite de l’Armée française, résonne comme un glas dans le cœur des troupes du théâtre d’opérations de l’Afrique du Nord qui n’ont pas eu l’honneur de se battre. Parmi ses cadres, nul n’accepte le fait et chacun s’emploiera dans sa sphère à en surmonter les conséquences.
Dans le désarroi des esprits, la Direction des Affaires Politiques du Maroc est appelée à une tâche immense qu’elle poursuivra sans éclat, à l’abri des indiscrétions : assurer la continuité de l’oeuvre civilisatrice de la France, accroître les forces militaires placées dans son orbite et recevoir dans leur sein les excédents que l’Armée de l’Armistice ne peut, sans danger, conserver. Un premier écueil doit être évité, c’est que nos Forces auxiliaires, en particulier les goums, soient considérées par le vainqueur comme des unités de combat.
Dès juillet 1940, un texte définit à tous la position qu’il convient d’adopter :
Les goums sont des unités de Police marocaine, entretenues sur le budget du Protectorat et placées à la disposition immédiate des autorités locales en vue d’assurer la police et la sécurité des tribus. Dans les régions frontalières, ces unités participent à la police de la circulation et à la surveillance douanière.
En juin 1941, il me faudra personnellement défendre cette position avec vigueur devant les autorités allemandes de la commission de Wiesbaden. Ainsi, les goums survivront; bien mieux, ils s’amélioreront malgré les difficultés de toute nature qui surgiront au fur et à mesure que le contrôle des commissions se fera plus étroit. Tout le personnel des goums, officiers, sous-officiers et goumiers, est doté d’un statut civil. Le fonctionnement et l’entretien des unités sont assurés par le budget chérifien. En fait, le budget métropolitain supportera cette charge, en allouant au Maroc, par l’intermédiaire du budget des Affaires étrangères, les subventions nécessaires. Au problème financier s’ajoutent conjointement ceux du camouflage de l’armement et du matériel, de l’entretien des unités, de l’absorption des effectifs excédentaires de l’Armée.
Les instructions officielles ne suffisent pas toujours et c’est le plus souvent verbalement que la pensée du chef est diffusée à tous ceux qui peuvent avoir à subir les questionnaires insidieux des commissions ennemies. Bientôt, en mai 1941, des réductions impératives d’effectifs sont imposées. Dans les conditions les plus secrètes, les goums devront dorénavant administrer des effectifs autorisés camouflés : “les travailleurs auxiliaires des goums”. Ces travailleurs ne figurent pas sur les contrôles ni les pièces comptables. Ils seront cependant instruits, habillés, payés comme des goumiers et ne connaîtront même pas leur changement de situation. C’est ainsi qu’aux cinquante-sept goums de 1939 viennent, dans la clandestinité, s’en ajouter de nouveaux. Ils sont bientôt cent deux. Une circulaire résidentielle très secrète, en décembre 1940, décide de la constitution de deux tabors actifs, rassemblés, et de deux tabors de formation, non rassemblés. Chacun d’entre eux, comprenant quatre goums d’infanterie et un goum hors rang, représentant la valeur d’un gros bataillon.
A partir de juin 1941 et au début de 1942, se formeront avec des “travailleurs auxiliaires”, à l’abri des investigations allemandes, les états-majors et les goums de quartier général, enfin des groupes de tabors marocains, véritables régiments supplétifs. Ce sont ces cohortes fortes au total de vingt-trois mille goumiers et “travailleurs auxiliaires”, encadrés par des “agents”, en réalité sous-officiers de carrière, et des “contrôleurs des Affaires Indigènes”, en réalité officiers de tous grades, qui, dès la reprise des hostilités, apparaîtront au grand jour avec leur matériel de guerre, prêtes sans délai à entrer en action.
Car la saine compréhension des services de l’Armée a permis aux goums , non seulement de conserver leurs armes, mais de recevoir tout un matériel complémentaire, en particulier des mortiers de 81 et des canons de 37. Les parcs d’artillerie du Maroc détruiront leur comptabilité afin qu’il ne reste aucune trace de ces distributions clandestines de matériel. En outre, malgré les menaces d’indiscrétion qui ne cessent de planer sur les unités, l’instruction est poursuivie activement. La montagne abrite les goums qui effectuent leurs tirs de guerre. Les unités régulières abandonnent sur les emplacements de tir leurs armes et leurs munitions pour permettre à un tabor de “travailleurs auxiliaires”, qui par hasard se trouve à proximité, d’exécuter des tirs. L’opération terminée, l’unité régulière reprend son armement. Ainsi n’est-il pas nécessaire d’extraire de leurs cachettes les armes des goums camouflées dans les régions les plus inaccessibles.
Des manœuvres inter-goums, inter-tabors, groupant parfois un nombre imposant de goums, sont montées et ont lieu fréquemment. C’est ainsi qu’en mai 1942, dans la région de Khnifra, trente-huit goums sont rassemblés. Au cours de ces manœuvres, un tabor doit rejoindre précipitamment à marche forcée sa garnison, pour transformer ses goumiers en “travailleurs auxiliaires”, avec pelles et pioches, et subir le contrôle d’une commission allemande. Les domaines agricoles et les kasbahs du Sud abritent l’armement lourd, le sol de la noualla familiale du goumier contient l’armement automatique. Cependant, au fur et à mesure que les mois s’écoulent, les contrôles des commissions allemandes deviennent de plus en plus fréquents et pointilleux, visant à découvrir l’articulation des goums, l’importance et l’origine des effectifs, la nature des contrats. Tous ces contrôles sur place, par fiches écrites et questions verbales, n’aboutiront cependant à aucune conclusion positive. La multiplicité des inspections ne fait apparaître aucune faille dans le système échafaudé. Goums et goumiers garderont leur secret.
En novembre 1942, le cauchemar prend fin avec le débarquement américain. Les goums sortent de l’ombre; le champ de bataille de Tunisie les appelle et, malgré un armement incomplet et suranné, ils se couvrent de gloire. leurs patrouilles audacieuses créent le vide devant eux; leurs raids profonds menacent les arrières de l’ennemi et des durs engagements les signalent à l’attention du commandement français et allié.
Après le défilé triomphal de Tunis, un tabor, sur la demande expresse du général Patton, représentera l’Armée française dans la conquête de la Sicile. Pendant ce temps, réorganisés, réarmés, quatre groupements de tabors marocains se préparent fébrilement pour la grande aventure. L’étonnante épopée des goumiers de l’Atlas, vêtus de leur djellaba de laine devenue légendaire, va se dérouler à partir de 1943, à travers la Corse, l’italie, l’île d’Elbe, la France et l’Allemagne, pour aboutir aux rives du Neckar et du Danube.
Au cours de ces campagnes, plus de vingt-deux mille goumiers seront engagés, et plus de huit mille d’entre eux, officiers, sous-officiers et goumiers, tomberont, tués ou blessés. Je garde l’immense fierté d’avoir présidé à l’organisation des goums marocains, puis de les avoir menés aux combats de la Libération. Car, dès le début, j’avais placé ma foi en eux, tout comme le commandant Simon à son départ de Bouznika, le 25 avril 1911...
L’outil manié par la brillante pléiade des officiers du Service des Affaires Indigènes, aidée du corps des sous-officiers de l’encadrement des goums, auxquels viendront se joindre officiers et sous-officiers d’active et de réserve ayant pu rejoindre nos rangs, ne pouvait décevoir les espoirs mis en lui. Pour les goums, le combat continue au-delà des mers, en Extrême-Orient; depuis 1948, les tabors, au Tonkin, luttent pour la sauvegarde de l’union Française...
Général Guillaume

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1940. Le colonel Guillaume et le camouflage

Le colonel Guillaume assista impuissant à la débâcle française de mai 1940. La situation ne permettant alors pas, faute de moyens, de continuer le combat en Afrique, les officiers présents en A.F.N., sous les ordres du général Noguès au Maroc, s'attachent à conserver cette partie de l'Afrique à la France et à préparer le combat de demain : 20.000 armes individuelles, 21.000.000 de cartouches, 60 canons, 200 mortiers, 4.000 armes automatiques, 200.000 coups de 75, 250 camions, 50 portechars, 10 chars H35 disparaissent dans la nature avec l'arrivée des commissions allemandes et italiennes : "J'atteste ici que, quelques heures après l'armistice, le général Noguès, de sa propre autorité, engagea l'Afrique du Nord dans la voie de la résistance. Sa ligne de conduite, poursuivie par le général Weygand lorsque celui-ci sera délégué du gouvernement en Afrique du Nord, puis par le général Juin, a permis à notre "Armée d'Afrique" d'échapper dans une large mesure aux effets de la démobilisation et d'intervenir en Tunisie aux têtes des Alliés dés le lendemain du débarquement."
Le colonel Guillaume se préoccupe du camouflage des Goums marocains, conservés sous le nom de "méhallas chérifiennes", prises en charge par le budget du Protectorat grâce à une aide discrète mais efficace du ministère des finances du gouvernement du Maréchal Pétain.
En mars 1941, la commission de contrôle allemande au Maroc exige la dissolution des méhallas chérifiennes ou leur intégration dans l'armée d'armistice, ce qui signifie une diminution de leurs effectifs. Le colonel Guillaume se rend alors à Vichy d'où il est envoyé à Wiesbaden pour défendre ses méhallas. Après une discussion tendue, "les heures les plus douloureuses de ma vie" dira-t-il, l'effectif des Goums est maintenu à 16.000 hommes pour prévenir tout soulèvement interne au Maroc. Guillaume a en effet expliqué aux Allemands que de tels troubles leur poseraient de graves problèmes et nécessiteraient l'immobilisation sur place d'une part non négligeable de la Wehrmacht. L'effectif des Goums sera ensuite porté à 26.000 grâce à l'élasticité des subventions accordées par Vichy. C'est ainsi qu'en mai 42 une manoeuvre de deux jours se déroule dans le plus grand secret. A l'issue, 5.000 goumiers défilent devant le général Noguès.
Le débarquement américain ayant réussi après les heures tragiques que l'on sait, dues à un "secret trop bien gardé" (le général Noguès ne savait pas que l'arrivée des Alliés était si imminente), les Goums reprennent immédiatement le combat. Le général Noguès, pressentant que son départ sera exigé par le général De Gaulle, se démet de ses fonctions juste après avoir nommé Guillaume à la tête des Tabors marocains. Le général Giraud, commandant en chef en A.F.N., nomme Guillaume général de brigade et lui donne le commandement des Goums devant débarquer avec le corps expéditionnaire en formation sous les ordres du général Juin.
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Tenues et équipements des goums devenus tabors

1) Tenue
- djellaba gris chacal et marron pour la troupe
- djellaba verte pour l’encadrement français.
- chéchia et chausette sans pied pour la troupe
- calot infanterie coloniale et affaire indigène, guêtre US pour l’encadrement francais
- combinaison HBT et veste M41 pour la troupe
- ensemble chemise/pantalon moutarde et veste M41 pour l’encadrement francais.
2) Equipement
- brelage US M1910.
- havresac US M28 ou US M36.
- brelage WEB britich avec small pack GB (minoritaire mais existant surtout chez les cadres français).
- casque US17 ou casque GB.
- filet de casque GB ou filet de camouflage collectif (pour véhicule) US découpé en couvre casque.
- 80% armement US et 20% de mauser K98A.1908 capturer en afrique.

 

3) Ils se déplaçaient le plus souvent avec femmes, bagages et mulets et leur nombre aurait souvent été difficile à recenser précisément au grand désarroi des américains. Le général Guillaime avait prévenu Patton : « Lorsqu’on parle de 1000 goumiers, on pense 2000 et on en embarque 6000 »… Le général Patton - ayant apprécié la bravoure des soldats marocains, s’en moquait, il voulait absolument la présence d'un tabor aux côtés de ses troupes et demanda donc aux US de faire avec.
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L’equipement traditionnel du goumier
Les goumiers marocains se différenciaient des autres soldats par leur tenue originale. Leurs tenues, fabriquées localement au Maroc, tranchaient sur le reste de l'armée.
Chaque goum, étant une unité administrative, avait son propre modèle de jellaba, sorte de pèlerine à manches, grossièrement tissée en laine épaisse, de teinte grisâtre, rendue imperméable par la présence de poils de chèvre et de laines de couleurs différentes. En général, s'y mêlaient de longues rayures blanches, noires, grises ou brunes.
Quelques-unes étaient chinées. Un capuchon (koub) servait à couvrir la tête par temps de pluie ou de neige, mais il était plus souvent utilisé comme sac à provisions.
Le goumier percevait aussi une gandoura (blouse longue à manches courtes ou sans manches), une ample veste, un séroual (pantalon venant à mi-jambes).
Ses jambes étaient protégées par des tariouines (bas de laine sans pied).
Les chaussures (naâïl, pluriel de naâla) étaient constituées par des plaques rectangulaires de peau de boeuf non tannée entourant la plante du pied, les poils restant à l'extérieur. Elles étaient fixées à la cheville par des cordelettes en palmier.
Une sacoche en cuir (choukara) leur servait de musette.
Comme coiffure, les goumiers portaient le khiout (constitué par un écheveau de laine brune) ou la rezza (coiffure marocaine particulière), parfois un chèche kaki clair.
Les cadres français portaient le képi bleu-clair des Affaires indigènes ou le béret basque.
Mais ce qui différencie surtout les goumiers des autres soldats, sur les routes d’Europe, c’étaient les moutons, leurs éternels moutons qu’ils tenaient en laisse le long de la colonne, ou dans leurs bras quand ils étaient à dos de mulet !

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Au sujet des coiffes des cadres, sous-officiers et officiers des goums

A l'origine les goums étant des unités administratives franches (en terme clair, des milices irrégulieres indépendantes) dépendant uniquement des affaires indigénes, elles étaient donc sous administration et commandement exclusif des officiers et sous-officiers A.I .
Avec la création des Tabors et des Groupement de Tabor Marocain pour la campagne de Corse et d'Italie puis de France, le problême de l'encadrement va se poser; en effet officiers et sous-officiers des affaires indigénes ne sont pas assez nombreux par rapport aux effectifs goumier mis sur pied... On fait donc appel à des officiers, sous-officiers et cadres d'autres armes de l'armé d'Afrique !
Le nouvel encadrement provient donc de :
1) Des troupes coloniales;
- l'infanterie coloniale du maroc
- l'artillerie coloniale du maroc
- la cavalerie coloniale du maroc
2) De l'armée d'Afrique;
- les tirailleurs marocains
- les spahis marocains
- les compagnie sahariennes
Donc si pour la campagne d'Afrique du Nord tous l'encadrement porte le képis et bonnet de police des affaires indigénes, il en va différament pour les campagnes d'Europe :
1) Les bonnets de police A.I côtoient ceux des troupes coloniales, des tirailleurs marocains, des spahis marocains et des compagnies sahariennes...seule uniformité dans tout cela est le port pour tous de l'insigne général des goums, brodé aux fils vert, sur chaque calot (étoile Chérifienne avec en son centre un croissant de lune).
2) Les képis, distribuer aux seuls officiers et donc porter par eux seuls, seront et resteront ceux des affaires indigénnes. A savoir de couleur bleu ciel/gris clair à bande de grade or et d'un croissant de lune or surmonté d'une étoile shérifiénne or.
80% des cadres (caporaux et caporaux-chef) étaient des indigénes. Pour les campagnes d'Europe une grosse moitié provenait des troupes coloniales du Maroc car ceux-ci étaient tous des Berbéres. En effet les Berbéres s'engageaient dans les goums ou dans les troupes coloniales du Maroc mais jamais dans les tirailleurs ou spahis marocains car ces derniers "montés" étaient formés à partir des tribus arabes des plaines, côtes et centre du Maroc.
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Pour ces Berbéres, leur coiffe était :
- en tenue de sortie, le bonnet de police coloniale aux armes des goums
- en tenue de service et combat, la chéchia.
La fantaisie du moment pour ces cadres goumiers marsouin était de porter sur le devant de leur chéchia l'insigne régimentaire de leur ancienne unité...à savoir, dans la trés grande majorité des cas, celui du régiments d'infanterie coloniale du Maroc.
LesTroupesFrancaises_www.cheminsdememoire.gouv.fr
Source : www.cheminsdememoire.gouv.fr

Les djellaba tribales des goumiers et leur port de 1942 à 1945

Certes celles-ci étaient non réglementaires, mais furent utilisées durant toutes la guerre, y compris durant les campagnes de France et d’Allemagne.
La djellaba dite el-r’orabiya (couleur de corbeau), toute noire, complètement fermée, servait les jours de fêtes religieuses et tribales ou pour la fantasia. Tous l’avaient dans leur paquetages et la sortaient uniquement or service.
La djellaba d´idiya (couleur de chacal, gris-cendrée), se portait pour la maraude et le combat quand on était un guerrier tribal.
Celle que l´on appelait ech-chaouniya (d´ech-Chaoun : couleur olive verte), était courte (elle tombait aux genoux)et se portait par les gradés et sous-officiers.
La fah´ciya, plus élégante, longue, légère, brune à fines raies blanches et noires, se portait par les officiers.
Les deux plus grossières étaient :
- El-hassabiya, de couleur carotte (khissou) à grosses raies grise et noire, était le vêtement de la classe ouvriére.
- Bou-neddaf, de couleur brunâtre; cette dernière était le vêtement habituel des fellahs et des bergers.
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Durant la campagne de France/Allemagne de 1944-1945, les goumiers touchèrent tous une djellaba «réglementaire» de couleur muraille à fines raies brunes et noires, moins voyante et «plus militaire» :
- Si les officiers français la portèrent tous en gardant la longueur jusqu'à mi-mollet comme la fah´ciya;
- Si les cadres français la portèrent tous en la coupant à hauteur du genoux comme la ech-chaouniya;
Ce ne fut pas le cas pour tous les goumiers !!!
Seuls les goumiers de classe “populaire”, vêtu habituellement de la el-hassabiya, la portèrent au combat pour la simple raison que la traditionnelle étaient vraiment trop voyante.
Goumier_1943

Les autres, de la classe des guerriers et de celle des fellas et bergers ne la portèrent pas au combat, mais seulement pour les prises d’armes, revues, défilé…deux raisons à cela :
1) Pour ceux de la classe guerrière, attachés à leur statut ils refusaient de lâcher leurs djellaba traditionnelles qui, de toute manière, par leur couleur gris-cendrée foncé, était un bon camouflage sur tout les terrains.
2) Pour les fellahs-bergers, étant les plus pauvres et ne touchant qu’une seule djellaba militaire réglementaire tous les six mois (si l’intendance n’oubliait pas), ils les conservaient précieusement pour pouvoir les ramener au pays, histoire de rehausser un peu le prestige. Pour eux également, la couleur brune de leurs traditionnelles se confondait bien avec tout type de terrain.
Nota : Si sur les photos d’époque on rencontre plus, pour 1942-43 des el-hassabiya, de couleur carotte (khissou) à grosses raies grise et noire et pour 1944-45 des el-hassabiya militaires réglementaires (de couleur muraille à fines raies brunes et noires), étaient pour la simple raison que les goumiers de la classe populaire représentaient la majorité des effectifs d’un goum…mais aussi, sur de très nombreuses autres photos d’époques on peut constater le port des djellaba « unies » grises foncées et brunâtre jusqu’en Allemagne.
Source : http://deuxiemeguerremondia.forumactif.com
camp_goumiers
1930. Camps des goumiers et de leurs familles
au pied de la redoute.

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Remerciements

Merci à Madame Balmigère, à Madame Decordier, à Monsieur Lafite, à Madame Kerhuel et à Pierre Katrakazos pour avoir accepté de mettre leurs archives familiales à disposition. Sauf indication contraire, les documents reproduits font partie des archives de l’auteur.