La route du Tichka

Le botaniste Jean Gattefossé

Mis à jour : samedi 1 décembre 2012 08:51
La mise en valeur des ressources botaniques de l’Atlas et du Sud marocain
Source : http://timkkit2008.canalblog.com/archives
et revue L'Afrique du Nord Illustrée 1930

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En 1920 Jean Gattefossé réalise une prospection botanique de 4300 kilomètres dans la plupart des régions du Maroc avec Emile Jahandiez et à bord d'une automobile Ford. Ce qui donne lieu en 1921 à une parution dans la Revue de la Société Botanique de Lyon, t.41. Ils avaient récolté 724 espèces appartenant à 83 familles différentes. A cette époque ils avaient renoncé à franchir l'Atlas. Gatefossé termina sa prospection seulement en mars 1930 en passant le Tizi n'Tichka par la nouvelle route ouverte par la Légion.
L'hebdomadaire l'Afrique du Nord Illustrée du 14 juin 1930 faisait paraître le récit de son voyage dans le Sud :
"Dès l'abord du versant Sud du Grand Atlas une forêt clairsemée de genévriers thurifères au tronc noueux, puis de Thuyas verdoyants plaqués sur la roche rouge, changent le caractère du paysage. Des villages nombreux dominent des vallons encaissés dans le fond desquels des champs bien dessinés forment un tapis varié; les paysans glaoua ont fière allure dans leur burnous noir à grand losange rouge brodé.
La région n'est pas totalement pacifiée et les Aït Atta n'ont pas tous déposé les armes. Ce qui explique la présence sur la route d'engins militaires blindés. Ces vallées d'après Jean Gatefossé sont restées jusqu'à ce jour "à l'abri du contact européen grâce au désert parcouru par les pillards Aït Atta dont il est le nécessaire champ d'action. Lorsqu'un jour ceux là à leur tour seront fixés par notre politique d'attraction et deviendront les gardiens du Sahara Occidental, nous pourrons en touristes, aller admirer sans crainte les oasis sud-marocaines si attirantes. Ce jour est heureusement fort prochain..."
De 1931 à 1934, Jean Gattefossé parcourut les régions de l'Atlas inconnues des botanistes. C'est à l'occasion d'un de ces voyages qu'il fit une enquête dans la région du Dadès sur les cultures locales pluricentenaires des rosiers à parfum et les signala comme une richesse d'importance capitale pour la région. Certaines plantes, inconnues ailleurs, ont été découvertes pour la première fois au Maroc; il en existe qui portent son nom: Sedemgattefossei Batt. (endémique du Haouz) ou Garalluma Teucrium Gattefossei Emb. (endémique de Beni Mellal).
Jean Gatefossé passa toute sa vie au Maroc et y mourut à plus de 70 ans en juin 1960.

Jean_Gattefoss_et_Emile_Jahandiez_1930
Jean Gattefosse? et un ami, en 1930
Jean_Gattefosse_1930_Blinde_de_protection_sur_la_route
Gattefossé et Jahandiez escortés par les blindés.
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La kasbah d'Aït Ben Addou. Photo Gattefossé.
Jean_GattefossIngénieur chimiste de l’Ecole de Lyon, Jean Gattefossé est rapidement attiré par la botanique. Dès 1919-1920, un de ses frères, directeur de la firme familiale de parfumerie, lui demande d’effectuer une enquête sur la flore marocaine. Ce sera sa première expédition qui marquera le cours de son existence.
Séjournant ensuite en Provence, il crée une petite usine qui exploite les ressources aromatiques locales, puis il devient conseil d’une importante affaire de produits naturels des environs de Grasse où il étudie de nombreuses plantes aromatiques nouvelles en vue de leur application industrielle à la parfumerie. Cependant, l’attrait du Maroc est irrésistible et il s’y fixe dès 1927.
Infatigable, malgré une santé souvent délicate, il parcourt le pays en auto, à pied, à cheval, vivant sous la tente avec les indigènes et circulant parfois dans des régions inconnues. Il consacrera quelque 35 ans de son existence à ce pays où il contribuera largement au développement de la culture des plantes à parfum, et à celle des plantes médicinales.
Pionnier des distillations locales, il crée plusieurs usines, conduit les industriels sur les centres de culture et les renseigne sur les possibilités naturelles locales, géranium, rose, menthe, cèdre, etc. Les réalisations trouvent leur apogée au cours de la guerre 1939-45, période pendant laquelle il étudie également la culture du coton.
A cette époque, en collaboration avec G. Igolen et L. Benezet, il apporte une contribution importante à la connaissance de la flore aromatique du Maroc, en étudiant de nouvelles huiles essentielles : essence de lavande pédonculée, de feuille de thuya de Barbarie, différentes essences de menthe, de genévrier oxycèdre, de camomille marocaine, de thym pâle, de pélargonium, etc.
L’intérêt qu’il porte aux sites marocains le conduit à organiser des circuits touristiques, des congrès, efforts consacrés par sa nomination au titre de secrétaire général du Syndicat d’Initiative de Casablanca. Il s’intéresse également à la préhistoire du Maroc, notamment à son rapprochement avec l’Atlantide.
Jean Gattefossé arpenta la vallée du Drâa en tous sens, ce qui lui permit de retrouver des transcriptions françaises de deux documents précieux relatifs à l’histoire secrète des juifs locaux. En effet, aux premières heures du Protectorat, existaient encore, dans certaines synagogues du Sud, des manuscrits ou se trouvaient consignés, en caractère hébraïques, mais en phonétique arabe, des textes intitules "Histoire du Drâa". L’un était le travail d'un officier français, le lieutenant Moulin, qui avait traduit un des exemplaires du manuscrit trouvé à Tinzouline, et qu'un rabbin du Dadès avait conservé, par la suite, à Tiliit, ancienne cite juive du Dadès. Les différents exemplaires comportaient des variantes mais, en fait provenaient d'un texte de base original qui daterait du XIIe siècle après J.C.
Source : rubrique nécrologique du bulletin de la Société Botanique de Lyon

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