La rocade du Nord-Est

La progression de la piste

Mis à jour : lundi 2 février 2015 16:59
Vers le Nord-Est, une piste sur les traces de Charles de Foucauld

Fin 1928, quand la piste Marrakech-Ouarzazate par le col du Tichka fut définitivement terminée, toujours dans le but de faciliter la pacification du Haut-Atlas, l’Etat major du Makhzen entreprit la continuation d’une piste carrossable vers le Nord-Est en suivant l’oued qui, à une quinzaine de kilomètres de Taourirt de Ouarzazate, se joint à l’oued Dadès pour former avec lui, le Draâ.
La piste remonta la vallée du Dadès; traversant la riche palmeraie de Skoura, elle passa à Kelaa de Mgouna, qui fut atteinte en septembre 1929 et se poursuivit jusqu’à Bou Malem (Boumalne d’aujourd’hui), un poste situé à 1535 mètres d’altitude et point extrême des positions militaires face à la dissidence.
En 1929, le Résident général Lucien Saint inaugura 50 kilomètres de piste vers Skoura.
Le trafic des camions, transportant matériel, armes, munitions, ravitaillement et hommes, permit de progresser d’une trentaine de kilomètres vers l’Est.
En 1930, la piste fut ensuite poussée jusqu'à la vallée du Todgha, de manière à permettre de soutenir le poste Makhzen de Tinerhir, dont la situation en pointe dans la dissidence l’exposait à de nombreuses escarmouches.
Dans cette marche vers l’Est, les troupes reprirent l’itinéraire que lui avait tracé, 40 ans plus tôt, le vicomte Charles de Foucauld. Seul, dissimulant sa nationalité et sa religion sous le costume d’un Juif indigène, celui qui devait conquérir l’auréole de martyr et demeurer dans l’histoire comme une grande figure saharienne, avait, en éclaireur, parcouru ces vallées, traversé ces villages et tracé, dans son livre, devenu un classique pour la connaissance du Sud Marocain à la fin du XIXe siècle (Reconnaissance au Maroc 1883-1884), la route que les troupes makhzen devaient suivre.
En avril 1931, un pont de deux travées de 32,5 mètres, chacune avec une voie de 8 mètres, a été lancé sur l’oued Dadès avant l’arrivée sur Kelaa M’Gouna; le Maréchal Franchet d’Espérey, en tournée d’inspection y passa le premier avec le général Huré.
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Dans le lointain à droite, une tour des goums chargée de surveiller la piste.

Le Bordj d'Imiter

En mai 1931, le colonel Chardon, commandant du Cercle de Ouarzazate, installait le poste d’Imiter (ou Imider) au Foum el Kous.
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Les ruines du bordj d'Imiter aujourd'hui.
Facile d'accès, sur la route, entre Imider et Tinerhir.
Les photos sont prises face au jebel Sagho.
Km 0. 31°26,10’N - 05°39,28’W. 1382 m. Début de la piste.
Km 0,9. 31°26’N - 05°39,10’W. 1448 m. En face de l’entrée du bordj.
Km 1,2. 31°25,95’N - 05°39’W. A l’extrémité d’une plate-forme aménagée et entourée sur tout le pourtour d’un chemin en remblai aménagé.
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Une des kasbahs d'Imiter


L’installation des postes avancés, suivant une politique de prudence, s’effectua qu’avec l’achèvement de la piste. C’est ainsi que le Groupe Mobile de Marrakech, partant d’Imiter, occupa le 14 novembre 1931 la position de Foum el Kous, 15 km plus loin et, le 18 novembre, Tinerhir, le centre vital du Todgha tenu par un des khalifas du Glaoui.

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1931. Le Foum el Kous
Sur le relief de gauche se trouvait le poste d'Imiter.

La piste, principal travail des officiers des A.I. et des légionnaires, facilita la vie dans le Sud. La piste achevée, un car automobile assura un service régulier journalier. Ainsi le car postal qui desservait Ouarzazate et Skoura ne fut plus qu’à une journée de Marrakech.


Le capitaine Fignon, de l’infanterie coloniale

A effectué avec succès, en mai 1930, une reconnaissance hardie, sur 25 km au delà du poste de la Kelaâ des M’Gouna, en bordure de la dissidence, pour y déterminer le tracé d’une piste autocyclabe et l’emplacement du nouveau poste de Bou Malem. A ensuite dirigé sans incident les travaux de construction de cette piste entièrement terminée avant l’installation du poste.
Citation. "Principal artisan de notre occupation de Bou Malem, centre politique et économique de toute la région du Haut Dadès. Officier des A.I., ayant la foi, ardent et tenace, ayant obtenu les plus remarquables résultats dans l’organisation des tribus confiées à sa surveillance et rétabli l’ordre, la confiance et la sécurité dans les régions où régnaient autrefois la peur et la misère."

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1932, entre Tinerhir et Tinjdad, véhicule blindé escortant un convoi civil.


Tinghir en 1930

Dans le Tableau de Commandement détaillé des Qsour du Todgha, du Lieutenant Beaurpère (1930), voici ce que l'on trouve pour Tinghir :

300 feux – Origine de la population : Issouklin, Imazighen et israélites – Lefs : moitié Aït Salah, moitié Guemat.

Grand ksar ayant 6 portes ; rive droite, au pied de la colline Ighir el Mehalt. Se divise en 3 « adam » : Harratin, Aït el Hadj Ali, Aït Bara. Un mellah de 70 feux au milieu du ksar.
Les Ait Barra sont un petit ksar de 60 feux annexe de Tinghir, immédiatement au sud et tout près de Tinghir avec une population d'origine Imazighen et harratin. Ils compte avec Tinghir avec deux notables : Ou Ali n'Aït Salem et Naseur n'Aït Salem.
Zawiya Nasiria : fondée par Sidi Smain. Deux koubbas à l'intérieur : Sidi Smain et Sidi Meskour. L'ex-chef de la zaouia, le qadi Si el Mehdi en Nasiri, reconnu et respecté de tous, a été emprisonné à Telouet en 1927 par les Glaoua qui le suspectaient de menées hostiles. Il est mort à Telouet en 1929.
Moqadem actuel : Sidi Haoussa. Notable : Sidi Ali.

Tinghir compte 3 mosquées. Celle du quartier des Harratin renferme la koubba de Sidi Ameur et possède un minaret.

Autres confréries :

- Tijaniya : Si ben Naseur ou Melrghad ; Moha Haoussa (de kasr Jdid)
- Qadyriya : moqadem Haddou n'Aït Lhassen ou Ali ;
- Feux maraboutiques des Aït Bou Tekhsain du Ferkla ;

- Feux maraboutiques des Aït Bou Hellal, originaires de Tadraklout de Metaghra.
Notables israélites : Maghlouf n'Ikhelouin ; Ichaia.

Tinghir s'approvisionne en eau aux ségua, et, en cas de siège, au moyen de puits nombreux.
Industries : tailleurs, spécialités de belghas*, tannage des peaux.

Commerce : grand souk et Tnine à la lisière sud du petit ksar des Aït Barra ; grand nombre de stalles ; le produit de l'affermage du marché est versé au khalifa glaoua.
On y vend chaque lundi 120 à 200 moutons, 30 à 40 bovins, des ânes et des mulets.
Affluence d'Aït Atta et d'Aït Morghad avant les événements de 1927 et 1929.

* Genre de babouche.


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