Les mines

Le site minier de Mfis (Taouz)

Mis à jour : lundi 15 août 2011 09:15
Mine_Mfis

 

Un filon ferrugineux affleure dans une zone de terrains paléozoïques sur plus de 5 kilomètres, jalonné en surface par un chapeau d’hématite dont l’épaisseur peut atteindre 40 mètres.
En profondeur, on rencontre à côté de la galène et de la chalcopyrite, de la blende et de la chloantite rare, dans une gangue de sidérose avec barytine et quartz.
Une quinzaine de filons recoupent le filon principal. Plus de cent filons analogues existent au voisinage, encaissés principalement dans des grès ordoviciens sur une superficie de 2000 km2.
Au Sud, un filon de wulfénite (molybdate de plomb) emprunte une faille où la chalcopyrite y est abondante et des fissures sont tapissées de beaux cristaux de wulfénite.
Tous les filons intéressants de la région ont fait l’objet d’anciennes exploitations qui ont laissé d’importants vestiges. Le premier inventaire des zones minéralisées fut entrepris dans le détail en 1938.
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L’action de l’Etat s’est exercée directement de 1939 à 1946 puis par l’intermédiaire du BRPM (Bureau de Recherches et de Participations Minières) de 1946 à 1951.
En 1952, la Société Anonyme des Mines de l’Adrar prend la relève du BRPM et effectue d’importants travaux en installant la laverie et la centrale électrique, puis arrête en 1958.
L’exploitation du site minier de Mfis continua sporadiquement jusqu’en 1990 par l’intermédiaire de deux coopératives employant un maximum de 20 ouvriers alors que la Société de l’Adrar en utilisa jusqu’à 120 d’où les vestiges des 96 logements du personnel encore visibles.

 

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Source : Réalités Marocaine. Ed. Fontana 1954
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Témoignage du docteur Rousselle en poste dans la région en 1954
Cette mine de plomb exploitait, en galeries, un des principaux gisements plombifères de la région. Les puits de mines étaient très profonds avec des conditions de travail très pénibles et dangereuses. L’aération y était insuffisante, la chaleur et l’humidité, au fond, étouffantes. Les mineurs qui étaient qui étaient pour la plupart des gens des tribus voisines, mais aussi quelques baranis (étrangers à la région), étaient en transpiration, en nage permanente et risquaient le coup de chaleur et la déshydratation. L’eau était trop rare pour permettre aux mineurs ne fut-ce qu’une douche par semaine.
La Société a fait construire une magnifique infirmerie mais l’équipement en est des plus sommaires, et je comprends vite ce qu’on attend, en fait, de moi. Je dois dépister rapidement les premiers symptômes de maladies, silicose ou saturnisme, afin que la mine licencie aussitôt les suspects, sans indemnité bien entendu.
Les rapports avec la direction deviennent très rapidement désagréables. Mais que faire ? Démissionner ? Ce serait livrer ces malheureux à l’arbitraire encore plus sévère de la Société et les priver des soins, même rudimentaires, que je peux leur donner. Je me souviens que mon collègue le docteur Tonellot, à Midelt, avait eu de graves problèmes du même type avec la direction des Mines d’Aouli-Mibladen, appartenant à la même multinationale qui gérait Mfis. Il avait alerté les autorités de Rabat, avec un dossier assez fourni, sur la silicose des ouvriers en particulier.
Un médecin plus “compréhensif” avait été spécialement recruté par la mine et lui, Tonellot, avait été muté à Berkane à 400 kilomètre de là. C’est dire toute la puissance politique de cette société.
Le milieu européen des Mines n’est d’ailleurs pas des plus reluisants. “Petits-blancs” méprisant les Marocains, entièrement dévoués à la Société qui assure leur avenir à condition qu’ils soient dociles...

Les mines locales
Il y a de nombreux filons de plomb dans ce secteur, aussi tout membre de la tribu est-il plus ou moins mineur, et l’exploitation des pauvres bougres de la région se fait d’une façon plus sournoise. Ces “mineurs libres” creusent la terre et en extraient le plomb qu’ils vont revendre à la Mine, qui le leur paie, bien sûr à son cours à elle et non au cours du marché international.
Mais ces petits filons, dans le bled, sont souvent peu épais. Alors on fait creuser des enfants, attachés par les pieds pour pouvoir les retirer si besoin. Quelquefois la “galerie” s’effondre... mais ainsi il ne s’agit pas d’un accident du travail imputable à la Mine...

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