Les mines

La mine de Bou-Azzer

Mis à jour : lundi 15 août 2011 09:24

 

Source : pages extraites de Réalités Marocaines. Les mines marocaines. La mise en valeur du Sous-sol.
Ouvrage de propagande produit par les éditions Fontana, Casablanca, février 1953

 

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Historique

Les minéralisations de cobalt de Bou-Azzer appartiennent à un type unique au monde par leur micrologie et leur localisation au contact des serpentines. Plusieurs dizaines de gisements, de gîtes et d’indices connus de cobalt sont éparpillés sur une longueur de 50 kilomètres.
Les habitants de la région, en utilisant l’érythrine (arséniate de cobalt) comme raticide et insecticide furent à l’origine de la recherche et de la découverte du minerai de cobalt à Bou-Azzer entre 1928 et 1930.
Le district minier fut attribué à la société minière de Bou-Azzer et de Guerara (SMAG). Après l’arrêt des travaux en 1940, provoqué par la guerre mondiale, l’exploitation reprit en 1943. En 1967, certains filons arrivant à épuisement, la Compagnie de Tifnout Tiranimine (C.T.T.), ancienne Société minière de Bou-Azzer et du Guerara, fit appel à l’organisme russe Technoexport qui engagea une campagne de recherches.
En 1969, 44 indices et nouveaux gisements furent étudiés, ce qui permit leur mise en production respectivement de 1971 à 1977. En 1983, à la suite de l’épuisement de nombreux gisements et l’effondrement du marché mondial du cobalt, minéral stratégique, la société mis la mine en veilleuse, le projet relatif au traitement des haldes anciennes n’étant pas économiquement rentable à l’époque.
Depuis la mine a été remise en partie en exploitation. On ramassait autrefois sur les haldes de la skuttérudite qui se trouvait en cristaux au milieu de la calcite en veines blanches, dans les blocs de pierre. Lors de sa construction, la piste d’Agdz à Bou-Azzer fut remblayée avec des déblais de la mine, des minéraux de cobalt se trouvaient alors sur le parcours; cette piste est maintenant une belle route.

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Archives Daniel Rodier

 

 

La mine de Bou-Azzer, le Glaoui et la politique
Lorsque survint l’affaire des mines de cobalt de Bou-Azzer, qui mit en cause les complicités du Glaoui avec les milieux capitalistes français, les choses se gâtèrent entre le général Catroux, gouverneur de Marrakech, et le Glaoui. Sans tenir compte du refus de permis d’exploitation opposé par le bureau minier du Protectorat, le Pacha s’était avisé de créer en toute illégalité la Société minière de Bou-Azzer et de Guerara (SMAG) et fit commencer les travaux préliminaires avec le concours de plusieurs hommes d’affaires, parmi lesquels figuraient un certain Mougenot et surtout Épinat, le véritable fondateur des transports automobiles au Maroc (CTM).

Alerté par le commandant Spillmann, le général Catroux, qui avait déjà eu maille à partie avec les ambitions minières de certains milieux métropolitains, mit son veto à cette grave infraction à la législation chérifienne.
Cette fois-ci, le Glaoui réagit vigoureusement en prétendant qu’on avait porté atteinte à son honneur et, de mèche avec Épinat, fit jouer à Paris les appuis dont il disposait auprès de la “tribu Glaoua des bords de l’oued Seine”, avec d’autant plus d’efficacité que le Résident général Lucien Saint ne sut pas couvrir ses subordonnés. Le secrétaire général du Protectorat, Eirick Labonne, fut muté. Le général Catroux, accusé de faire le jeu de l’Allemagne en freinant la production d’une matière première stratégique essentielle, faillit perdre son commandement, et dut seulement aux nécessités de la conquête militaire d’être maintenu à son poste.
La rancune du Glaoui fut tenace, et le commandant Spillmann eut l’occasion de s’en apercevoir dix ans plus tard, lorsqu’elle l’empêcha d’obtenir le poste de conseiller chérifien.
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Appartenant à l’ONA de Jean Épinat, cette mine de cobalt fit de nombreux jaloux, tels les frères Berger, ingénieurs et mineurs.
L’un d’eux a même écrit un récit , sous le pseudonyme de Marcel de Carlini : Le démon de Bou-Azzer, dans lequel il a essayé de nuire à Épinat, à travers son principal gisement minier, le cobalt, en prétendant que les émanations d’uranium (contenu en faible quantité dans le minerai) rendaient fous les hommes qui travaillaient dans cette mine...

 



Anecdote sur Bou-Azzer


Jean Delacourt
, officier des A.I. à Agdz. Extrait de : L'histoire des A.I. Edit. La Koumia 1990
Lors d’une tournée de ramassage du “ferdh” (impôt foncier), le cheikh des Aït Semgane était venu me présenter une liasse importante de papiers, en me demandant ce qu’il fallait en faire parce qu’il n’en voyait pas l’utilisation. Ayant examiné cette liasse, je m’aperçus qu’il s’agissait d’actions de la mine de Bou-Azzer que la tribu, propriétaire du terrain, avait reçu lors de sa création. Comme il y en avait un “bon paquet”, je conseillais au cheikh de les garder soigneusement et de demander à la direction de la société des précisions sur leur usage. Finalement, ces actions furent rachetées et les Aït Semgane furent tout heureux de recevoir un joli pactole...
Je me souviens être descendu au fond de la mine. Arrivé à quelque cinq cent mètres de profondeur, j’aperçus une galerie assez large qui s’enfonçait dans les entrailles du sol. Le minerai se présentait par strates d’environ 10 cm d’épaisseur où alternait amiante, argent et cobalt. L’électricité ayant été coupée volontairement par le directeur, je vis une myriade d’étoiles briller dans la nuit; c’était un effet de la fluorescence du minerai... inoubliable !

La famille Fillon qui étaient a la mine de Bou Azzer, géra ensuite l’hôtel La Gazelle a Ouarzazate après l’Indépendance.
EpinatJean Epinat, la C.T.M., les mines, et l’O.N.A.

Félix Nataf. Extrait de : Jean Epinat, un homme, une aventure au Maroc. Edition Souffles 1987
Le prince héritier Moulay Hassan fut, pendant plusieurs années, administrateur de la Société Minière de Bou-Azzer et du Guerara (SMAG), propriétaire de la mine de cobalt et filiale de l’Omnium Nord-Africain (ONA) dont le principal actionnaire était Jean Epinat, en même temps président.
Toutefois le futur Hassan II n’a jamais assisté à une réunion du conseil d’administration, ni à aucune assemblée générale de la SMAG. Probablement pour ne pas siéger comme simple administrateur d’une société dont le président était le Glaoui !
Il suivait tout de même les affaires de la société par les comptes-rendus que lui en faisait régulièrement l’administrateur délégué de l’ONA, Albert Hentschel. Devenu le Roi Hassan II, il céda ses actions et son poste d’administrateur à l’un de ses fidèles, le général Moulay Hafid.
Jean Epinat fit la connaissance du Glaoui au cours d’un déjeuner à la Résidence Générale de France à Rabat. Il en profita pour lui parler de prospection minière dans les montagnes de l’Atlas, région qui relevait alors du commandement du Glaoui, mais qui n’était cependant pas encore pacifiée.
Ce dernier comprit tout de suite l’intérêt que présentait pour lui la demande de permission que lui fit Epinat pour prospecter dans cette région, interdite jusqu’alors aux civils, en raison de la dissidence qui y régnait.
Commencèrent alors, dans les montagnes du Haut Atlas, de nombreux voyages d’études, accomplit par Epinat, dans sa voiture Buick conduite par son fidèles chauffeur, Hadj Hamou. C’est ainsi qu’il finit par découvrir un gisement de cobalt, un minerai hautement stratégiques en cette époque d’avant guerre. L’importance de cette découverte suscité bien des convoitises étrangères, notamment celle des Allemands (les frères Mannesman); Epinat lutta toujours afin que cette richesse demeure dans le patrimoine marocain.
Plus tard, poursuivant ses recherches dans l’Atlas, il découvrit encore un important gisement de manganèse, un autre de nickel, et enfin un gisement d’argent. Plus tard encore, il réussit à acquérir une mine de fluorine dans le Moyen Atlas.
Ainsi, Epinat se trouva à la tête d’une domaine minier considérable.
Le transport des minerais de cobalt et de manganèse jusqu’au port de Casablanca se fit d’abord au moyen de gros camions jusqu’à Marrakech d’où ils partaient pour Casablanca par chemin de fer. Cependant, toujours audacieux et novateur, à l’avant garde du progrès, Epinat songea à un mode de transport plus rapide et plus économique. Passant outre aux objections de certains de ses collaborateurs, il n’hésita pas à entreprendre la construction d’un télébenne pour franchir l’Atlas sur 28 kilomètres et culminant à plus de 2000 mètres d’altitude.
L’inauguration de ce téléphérique, sous la présidence du Glaoui, et en présence des plus hautes autorités du Protectorat, donna lieu à une manifestation grandiose à laquelle participa également une foule immense des populations berbères de la région.


Jean Ravennes. Extrait de : Aux portes du Sud - le Maroc. Ed. Alexis Redier 1931
1930. Un bloc encore inexploré de montagnes; sorte de coin fiché entre deux ébranlements géologiques, qui l’ont déraciné et retrourné. Ces montagnes évoques fantastiquement les premières catastrophes du monde; par bandes verticales aux ondulations dramatiques, la terre ouverte y étale ses entrailles grises, verdâtres, roses ou bleutées, mais toujours pelées. Une désolation absolue oppresse cet enchevêtrement de ravins tourmentés et de cimes cul par-dessus tête.
Des cailloux, des cailloux toujours, parfois sombres et métalliques car, ici comme sur l’Imini, le sol est veiné de gisements manganésiens et plombifères, de silicate de cobalt, de minerai d’argent. Exceptionnelles richesses, qui ne tarderont pas à être exploitées, à en juger par le nombre des prospecteurs audacieux qu’on a dû arrêter sur ces routes incertaines, où aucun secours n’entendrait le bruit d’une fusillade.

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Le gisement d'Amiante de Bou Azzer
Source : page extraite de Réalités Marocaines. Les mines marocaines. La mise en valeur du Sous-sol.
Ouvrage de propagande produit par les éditions Fontana, Casablanca, février 1953
Avant 1939, la production marocaine était inexistante et ses besoins, très faibles, étaient couverts par l'importation. Mais la guerre, qui entravait la plupart de ses exploitations minières, contraignit le pays à se replier sur lui-même et à rechercher sur place les produits jusque-là amenés de l'extérieur. Pour l'amiante, on s'orienta en premier lieu vers la boutonnière de Bou Azzer, qui, à proximité des gisements de cobalt, recelait de nombreuses masses de serpentine renfermant ce minerai, et, dès 1942, une production de 100 tonnes de fibre marchande était réalisée. C'est le gisement de Bou Oufroh qui fournira jusqu'en 1952 la totalité de la production marocaine, cependant que deux autres gites, N'kob et le Siroua Nord, étaient reconnus et allez commencer à leur tour à produire.
Couverte par les permis appartenant à la Société Minière de Bou Azzer et du Graara, le boutonnière précambrienne comprenait plusieurs gites. Dans tous, il s'agissait d'amiante chrysotile de belle qualité. L'extraction, poursuivie de façon rudimentaire au début, fit l'objet d'un programme d'équipement qui permit de porter la production d'amiante marchande à 100 tonnes par mois en 1953. Le tout-venant extrait de ces différents gites et qui contenait 8% d'amiante était, après un scheidage sommaire, transporté par camion jusqu'à Bou Azzer où fut installée une usine de traitement jouxtant la laverie de cobalt.


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Remerciements

Merci à Madame Balmigère, à Madame Decordier, à Monsieur Lafite, à Madame Kerhuel et à Pierre Katrakazos pour avoir accepté de mettre leurs archives familiales à disposition. Sauf indication contraire, les documents reproduits font partie des archives de l’auteur.