Ouarzazate civil

Un Grec de Ouarzazate, parmi d’autres

Mis à jour : mercredi 1 juin 2016 08:09 Source : Yannis Antoniou
Panayotis Antoniou est né le 1er janvier 1906 à Plomari dans l'île de Lesvos en Grèce.
En 1931 il vint au Maroc à Ouarzazate pour accompagner sa soeur Grammatiki qui devait se marier avec Emmanuel Manolios, un Grec également né à Plomari en 1897, qui était arrivé au Maroc en 1927 pour éviter son service militaire en Grèce et qui s'était installé à Ouarzazate où il avait ouvert une épicerie où furent employés ensuite Dimitri Katrakazos, Panayotis Antoniou et d’autres Grecs.
En 1934, Grammatiki tomba enceinte et Manolios décida de rentrer en Grèce, il vendit alors son commerce à Dimitri.
Lors de la traversée de l’Atlas par le Tichka, Grammatiki, étant dans son neuvième mois, eut juste le temps d’arriver à Marrakech pour accoucher de son premier enfant qui s’appela Dimitri. Au lieu de continuer vers la Grèce ils décidèrent de s’installer à Marrakech, où ils ouvrirent une mercerie au Gueliz sur l’avenue principale en face du coin du marché. Au final le couple eut quatre garçons et quatre filles.


Panayotis Antoniou, jeune homme

Panayotis Antoniou, photographe de profession, resté à Ouarzazate, ouvrit à côté de l’épicerie de Dimitri, La Librairie-Papeterie de l'Atlas où il installa son labo-photo, une maison-boutique où se trouve une banque maintenant.
Atlas
Publicité passée dans la Revue du Touring Club de France en 1938

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La boutique à ses débuts.
On remarque à gauche le chemin qui montait à la province.

Un simple passage séparait les deux magasins. Ce passage permettait aux gens de monter à la province et aussi de rentrer dans des habitations qui se trouvaient derrière l’épicerie. Là vivaient quelques familles juives.
L’épicerie et la librairie furent parmi les premiers magasins qui créèrent le centre d’activité de Ouarzazate.
Panayotis fut un bon vivant qui fit les 400 coups avec Dimitri.
Bon amis ils eurent également l’occasion de travailler ensemble dans la prospection minière, l’Eldorado de l’époque.

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Pendant les prospections, ils installaient leur base dans des grottes.
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Malgré l’absence de commodités, ils eurent une jeunesse pleine de plaisirs.
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Chasse
La première voiture de Panayotis, sortie de chasse.

En 1948, Evdokia, la seconde soeur de Panayotis, vint de Grèce pour s'installer avec lui à Ouarzazate. Lui même vivait déjà en couple avec une Marocaine; il avait également à sa charge Hadda, une jeune fille de la région de Telouet, qu’il avait sauver d’une mort probable, un jour où il était aller à la chasse.
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Sa soeur Evdokia avec lui à la boutique.

A ce moment ses sœurs se mirent a lui chercher une épouse grecque de son île. Ainsi arriva par bateau à Casablanca, puis à Marrakech le 2 janvier 1951, Taxiarchoula Eglezou, née le 3 mars 1923 à Loutra dans l’île de Lesvos. Le mariage fut aussitôt célébré dans la ville rouge et le 14 janvier 1951, ils s’installaient tout les deux à Ouarzazate.
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Pour pouvoir traverser le Tichka de Marrakech a Ouarzazate, Madame Antoniou dut obtenir une autorisation de circuler en zone d insécurité.
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Mariage à Marrakech

A la librairie on trouvait de la bonneterie; on y achetait les journaux et des illustrés genre Spirou, Tintin, Kiwi, Zembla, etc., aussi des revues féminines, des romans et des livres de poche. C'était le coin des étudiants à l'époque.
Panayotis Antoniou avait construit sa maison derrière son magasin comme Dimitri Katrakazos; les magasins communiquaient avec les maisons via une petite cour.

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Plus tard à Ouarzazate
Le 23 février 1952 naquit à l’hôpital Bou gafer de Ouarzazate, Persephone (Persa) Antoniou. Un hôpital moderne tout neuf qui venait juste d’être installé
Le 13 mars 1953, naquit son frère Yannis (Jeannot) dans le même hôpital. Selon le registre d’état civil de Ouarzazate, l’acte de naissance n°8 pour Yannis, a été signé le 14 mars, par Charles, Marie, Roch Tivolle, lieutenant-colonel du Génie, officier de la Légion d’Honneur, chef du Cercle de Ouarzazate, officier de l’Etat Civil.

Yannis Antoniou se souvient...


La ville commençait a partir de Tassoumat; il n’y avait de goudronnée que l’avenue du colonel Chardon (anciennement Avenue d'Athènes et actuellement Avenue Mohamed V) qui se terminait a Sidi Daoud. La route vers Skoura passait par Aït Kdif; elle est aujourd’hui sous les eaux du barrage.
Au centre ville, nous étions tous une grande famille.

La famille Katrakazos, Dimitri, Christophe son frère, puis Nikolas (Nini) Landouris, fils d’un Grec et d’une Marocaine qui étaient installés à Taouz.
Ce Grec était originaire de l’île de Lemnos comme Dimitri; lorsqu'il fut victime d'une tentative d'attentat contre son épicerie au moment de l'indépendance il décida de partir en Australie. Il confia alors son fils Nini à son ami Dimitri et puis il n’est jamais revenu. Plus tard Nini devint le bras droit de Dimitri. Il s'est maintenant retiré depuis quelques années à Marrakech.
Despina, la femme de Christophe n’est restée que très peu de temps à Ouarzazate puis elle est repartie en Grèce.
Ellas, la femme de Dimitri, est arrivé à ce moment et leur fils Pierre est né en 1957.
La famille Parent avait l’hôtel Royal, ancien hôtel de la Légion, a côté du restaurant chez Dimitri.
La famille Roux, réparateur radio, était installée en face de l’hôtel de Dimitri. Là ou se trouve actuellement l'ensemble immobilier Tiflit.
La famille Janah, en face du marché actuel, pièces auto.
La famille Lahcen, s’occupait des vélos, un peu avant la mosquée.
La famille Tlemsani et la famille juive Bertitou.
Avant le commissariat de police, il y avait une station service qui appartenait à des Français. Il y avait aussi un boulanger français.
Il y avait la famille Berger. Lui s'occupait de la pompe à essence et sa femme vendait des vêtements.
Il y avait également beaucoup de médecins européens : les docteurs Robin et Pelegrini avant l'indépendance et ensuite les docteurs Apostolakis, Lopez, Marcoli, etc.

La CTM et la poste, toujours à la même place. La CTM a déménagé cet automne 2010 pour s’installer près de l’hôtel Belaire sur le plateau.
Le cimetière européen était à l’emplacement du marché actuel en centre ville.
Le cimetière musulman était en face de la Kasbah de Taourirt sur une colline.
A l’époque il y avait les potiers et leurs fours, là ou sont les boutiques d’artisanat actuel en face de Taourirt.
Le dimanche, jour du souk, qui se passait à l’entrée de Ouarzazate vers Tassoumat, tout le monde y allait a pied ou en vélo de très loin, le retour était plus pénible avec les courses.
A l’époque nous étions ravitaillés par l’eau potable qui venait du petit barrage de Tizgui Lilen, bien envasé aujourd'hui, au début de la piste pour Fint.
L’électricité venait de l’usine qui existe toujours après l’église Sainte Thérèse près de l’oued.
Les mines de Bouskour, Imini, Tiouine, Bou Azzer et d’autres, tournaient à plein régime pour le manganèse, le cobalt, le cuivre, etc. Là vivaient des centaines de familles françaises et la ville de Ouarzazate était leur centre de ravitaillement.
La Kasbah des sables était une petite oasis avec des dunes; on y allait souvent à la chasse aux pigeons. Maintenant elle est sous les eaux du barrage.

 

 

Suite des archives familiales de Yannis
Panayotis Antoniou
, années 50/60

1._Famille_Antoniou2._Antoniou_famille

3._Madame_Antoniou4._Antoniou_Tichka_copy

 

Retour de chasse avec Banoujafaar

5._Mohamed_Banoujafaar_-_les_Antoniou


La famille Dimitri

7._Famille_Dilitri_28._Famille_Dilitri_1

9._Antoniou_Nini_Dimitri
Antoniou (à gauche) et Dimitri (à droite)
le jeune Marocain est "Nini", qui a longtemps tenu le supermarché
après la mort de Dimitri.
Le père de Nini était un grec, marié avec une marocaine.


10._Pierre_-_Nini
Bien plus tard, le fils Dimitri (Pierre jeune homme) et Nini



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Madame Antoniou en 1970 devant la boutique réaménagée.


Je recherche des personnes ayant eu quelqu’un de leur famille en poste à Ouarzazate ou dans son “territoire”, autant militaire que civil. Si elles veulent témoigner, ce site est à leur disposition. Textes et photos seront les bienvenus. Évidemment votre participation passera sous votre nom.
Merci pour votre attention. Jacques Gandini.


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Remerciements

Merci à Madame Balmigère, à Madame Decordier, à Monsieur Lafite, à Madame Kerhuel et à Pierre Katrakazos pour avoir accepté de mettre leurs archives familiales à disposition. Sauf indication contraire, les documents reproduits font partie des archives de l’auteur.