De 1930 à 1940

1938. Le premier guide sur Ouarzazate et sa région.

Mis à jour : mercredi 7 mars 2012 19:15


Revue Mensuelle de Tourisme - Aviation et Automobile LE MAROC DU NORD AU SUD, des éditions Inter-Presse de Casablanca, a sorti en janvier 1938 un numéro spécial d'une soixantaine de page :

Ourzazate et sa Région
Le sommaire comprend les chapitres suivant :
- un liminaire de J. Bossan, chef de Bataillon à Mou Malem.
- Aux touristes
- Voies d'accès
- Un peu d'histoire
- Rétrospective 1926-1936- Esquisse géologique et géographique
- Le climat
- La palmeraie
- Le centre urbain
- La kasbah
Excursions au départ de Ouarzazate :
1. Dans les environs immédiats
2. Excursions plus lointaines
3. Excursions en automobile
- Sur la route du Sud
- La Vallée du Drâa
- Bibliographie

Les textes sont de M. Matheron, L. Tranier,  des Lt. Perrin et de Ribier;
Les photos sont du Cap. Fournier et de M. de Mazières;
Les dessins du Lt. Souche et la couverture de Jacques Majorelle.
Reportage effectué à l'automne 1937

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Voies d’Accès

L’itinéraire le plus direct est celui qui emprunte la route 502, de Marrakech à Ouarzazate, excellente en tous points. Cette voie “qui allonge son ruban merveilleux vers les oasis du Sud” (Général Huré) traverse le Haouz de Marrakech et pénètre dans la montagne, après avoir dépassé les Aït Ourir (deux cantines dont celle de Madame Rena, téléphone). Accrochée aux flancs à-pic des avant-monts argileux qui constituent la rive gauche de l’oued Touama, elle découvre un immense horizon rouge et vert qui se perd dans le vaporeux lointain de la Bahira.
82 km - A partir de Zerekten, elle entre dans la chaîne primaire de l’Atlas, en suivant de très près, sur la rive gauche, le lit semé de lauriers-roses de l’Oued Rdat, et atteint Taddert - Les Noyers” (100 km) où un excellent hôtel nous réserve une halte agréable, à 1680 m. d’altitude, dans la fraîcheur des premiers sommets.
105 km - A 5 km de ce point, elle franchit l’Oued Rdat qu’elle abandonne et se lance à l’assaut de la montée du Tichka, où, sur 15 km, elle va suspendre son large ruban au-dessus des plus impressionnantes à-pics, revenir plusieurs fois sur elle-même, puis traverser l’Aguedal, cette charmante et verte prairie qui sert de cadre de fraîcheur aux réceptions du Caïd de Telouet, lors des visites du Sultan et du Résident Général de France.
120 km - Elle remonte encore pour atteindre enfin le col, à 2500 m. et jouir du premier contact, de la première apparition du Sud, à travers un fourmillement des pics aux vives couleurs se détachant sur un fond d’azur déjà saharien.
Une petite source d’un eau limpide et glacée sourd en contrebas de la route. A quelque deux cent mètres, et également en contrebas, le Poste Militaire de Tadlest vous offre la ressource éventuelle de son téléphone.
Puis c’est la délicieuse descente vers la vallée de l’Oued Tamesnat. On laisse à gauche la piste autocyclabe qui mène à la Kasbah de Telouet “Porte de l’Atlas”; 25 km.
Bientôt l’on quitte la chaîne primaire pour retrouver les monts rouges, argileux, du Trias et jouir de l’échappée sur la riche vallée que l’on domine de près de 1000 mètres.
Dix kilomètres encore et voici Irherm n’Ougdal, son fier agadir, son oued bondissant et son accueillante auberge Drouin (téléphone) dans les noyers gigantesques, le grand centre de ravitaillement des Indigènes du Tidili, du Siroua et du lointain Tifnout, où quelques Israélites, très couleur locale, ont le monopole d’intermédiaires entre les transporteurs et les caravaniers chleuhs, elle traverse l’oued qui devient, après son confluent avec l’Oued Tamestint, l’Oued Imini, et elle court sur la rive gauche jusqu’à Amerzgane.
Après Ikkis, nous avons pu remarquer, sur des collines vertes, à droite de la route, les premières maisons des mines de l’Imini, qui extraient le manganèse d’une zone de filons située à l’Ouest de la route.
Amerzgane : l’entrée officielle en zone d’insécurité. Nous devons montrer patte blanche, c’est-à-dire exhiber au Légionnaire de service le précieux permis délivré par l’Etat-Major de Marrakech, sans lequel il nous faudrait arrêter là notre course et borner, aux beautés de l’oued Imini, notre avide curiosité.
Ravitaillement des estomacs et des moteurs, téléphone, espoir d’être dans trois petits quarts d’heure, à Ouarzazate, qui n’est plus qu’à 36 kilomètres.
Laissant l’ancienne route, qui passait aux Aït Ben haddou, nous piquons droit, par la vallée, sur le célèbre douar Tikkirt, visité en 1883, par le Vicomte Charles de Foucauld. La route traverse, d’un grand trait droit, une plaine toute frangée, à un horizon proche, de petits monts verts ou gris clair, baignés d’une lumière éclatante.
Après Tikkirt, nous montons pour escalader un petit chaînon de l’Anti Atlas, et bientôt nous apercevons, au loin, la “colline” Taourirt de Ouarzazate, que nous atteignons après dix minutes d’effort de nos moteurs; 203 km.
En voiture de tourisme, le trajet peut s’effectuer en moins de 4 heures. La CTM met en route deux cars postaux par jour, un le matin, l’autre au début de l’après-midi. Les transports Gongora assurent aussi le service de Ouarzazate. Cette compagnie de transports était gérée par une natif de la Principauté d’Andorre. Elle servit sur la ligne Marrakech - Ouarzazate jusqu’à l’indépendance, époque où elle fut intégrée à la CTM.
Un peu d’histoire

Située sur la route directe de Telouet au Drâa, le Ouarzazat a de tous temps intéressé les dynasties berbères : Almoravides, Almohades et Mérinides.
Les Almohades avaient, pour plus de sûreté, construit une kasbah sur la colline près de l’oued et y entretenaient une garnison. Cette kasbah, connue sous le nom d’Irherm n’Ougellid (la forteresse du Roi) tint le passage pendant plusieurs siècles. Ses ruines existaient encore au moment où les Français vinrent construire, au même endroit, leur poste militaire. Un dernier vestige demeurait, c’était un fragment du mur d’enceinte, englobé dans les bâtiments des Subsistances militaires.
L’irherm n’Ougellid disparu, le représentant du Sultan habitait la kasbah de Taourirt dont il ne restait intacte, avant l’arrivée des Glaoua, que la partie Nord; le reste n’étant que murs sans toits.
Si Mohamed ou Abdallah, le dernier d’entre eux, khalifat de Moulay Abderrahmane, lutta sans trêve, mais en vain, contre ses propres sujets, pour les maintenir dans l’obédience du Makhzen central.
En 1860, à la mort du khalifat, le Makhzen jugea plus sage de confier les turbulents Ahl Ouarzazate au Caïd des Glaoua, Si Mohamed el Mezouari. De Telouet son autorité pouvait se faire sentir plus directement que du lointain palais de Fès. La garnison makhzen fut supprimée et un Dahir de Commandement accordé au Glaoui. De ce dahir jusqu’à l’installation du Contrôle français, les Glaoua ne maintenaient dans l’obéissance leurs nouveaux sujets du territoire attribué, que par la force.
Si el Madani, second fils et successeur de Si Mohamed, ayant donné le fief de Telouet à son neveu, Si Hammou, peu souple et intrigant, installa à la kasbah de Taourirt, son propre frère très dévoué, Si Hammadi, prenant ainsi Telouet à revers (1882).
1891 - Grande date pour les Glaoua. Le sultan Moulay Hassan, revenant du Tafilalet, passe par Taourirt. Il laisse au caïd Si Hammadi un canon de bronze avec lequel, sans tarder, ce dernier va détruire le nid de Tamerzast, repaire de coupeurs de routes, toujours à l’affût pour piller les caravanes qui s’aventurent au bas de ce douar, dans le défilé de petites collines (plus tard nivelées) qui barraient la piste.
En passant à Telouet, il laissera un deuxième canon avec un instructeur allemand.
1918, décembre - Le général de Lamothe, accompagné du capitaine Chardon, chef de son bureau régional de Renseignements à Marrakech, franchit dans la neige le Col de Telouet.
1919, 7 janvier - Il arrive à Taourirt de Ouarzazate avec la harka du pacha el Hadj Thami el Glaoui; la marche se poursuit vers le Dadès.
La harka Glaoua doit rétablir l’ordre troublé au Todgha; elle reçoit à Taourirt des contingents supplémentaires. Au retour, le général de Lamothe y séjourne du 12 au 29 janvier, et y reçoit la soumission des tribus du Tifernine. Le capitaine Chardon l’accompagne toujours.
1925 - Création à Telouet d’un bureau des Affaires Indigènes.
1926
Création à Telouet, du 35e Goum Mixte Marocain. Un terrain d’atterrissage est aménagé à Ouarzazate.
Décembre - La route 502, demandée en 1923 par le Général Daugan, commandant de la région de Marrakech et commencée le 15 octobre 1925, atteint le Tizi n’Tichka le 15 du mois. Elle sera poursuivie par la suite sous les ordres du général Huré, son successeur avec le concours du Service des Renseignements, puis celui des Travaux Publics qui rectifiera quelques tronçons; la première voie ayant été tracée pour être rapidement utilisable par l’Armée.
Le premier avion se pose à Ouarzazate.
1927
Janvier - Le poste de Telouet est définitivement installé, au milieu de difficultés de tous ordres.
Septembre - La route atteint Telouet.
1928
Avril - Le 35e Goum Mixte Marocain quitte Telouet pour tenir garnison sur la colline d’Irherm n’Ougellid du Ouarzazat.
Un groupe de partisans y est créé à la même date.
Le 36e Goum est créé à Telouet.
Le Poste des Affaires Indigènes, nouvellement créé et solidement appuyé, peut alors fonctionner.
La Fezza du Dadès et du Todgha (224 fusils) est regroupée, en entier, au Todgha.
Un groupe de 100 partisans est installé à Kelaâ des Mgouna, dans la vallée du Dadès.
Novembre - Inauguration de la route du Tichka jusqu’à Telouet par le Résident Général Steeg.
La route atteint Ouarzazate en décembre.
1929
Un bataillon de Légion tient garnison à Ouarzazate.
Dès le mois de mai, la Kelaâ des Mgouna est dotée d’un poste, d’un Bureau des Affaires Indigènes; la route y arrive en même temps que le 36e Goum.
On pense alors à relier par une route Ouarzazate à Taroudant, par le Sud du Siroua. Sa construction est mise aussitôt en chantier.
Juin - Le Résident Général Lucien Saint inaugure, à une cinquantaine de kilomètres de Ouarzazate, la piste pour Skoura.
1er juillet - Le Poste des Affaires Indigènes de Ouarzazate est transformé en Cercle. Le Chef de Bataillon Bonnard en est le premier Chef, bientôt remplacé par le Chef de Bataillon Chardon, spécialiste des questions Glaoua, qui va marquer de son empreinte indélébile l’oeuvre française dans toute la région.
Le 10e Goum, venant du Nord, est affecté à Telouet puis à Ouarzazate.
Septembre - Le premier car postale régulier de la C.T.M. relie Marrakech à Ouarzazate.
Sur le versant sud de l’Atlas, une réglementation d’horaire est instaurée pour l’utilisation du parcours vers Ouarzazate au départ du poste militaire de contrôle de Tadlest. En raison des nombreux lacets et de l’étroiture de la piste, les véhicules sont autorisés à circuler de midi à minuit de Tadlest à Aït Ben haddou et de minuit à midi dans l’autre sens.
1930
Les Bureaux du Cercle et une véritable garnison de troupes de toutes armes s’installent. On nivelle tous les petits sommets de la future ville “aux 7 collines”. On construit fiévreusement, sous l’impulsion d’un chef qui sait ce qu’il veut. Les habitations, les casernements, les vastes dépendances d’une ville de garnison surgissent du sol bouleversé.
Le centre européen s’organise : les premiers hôtels, bien modestes mais suffisants pour l’époque.
La piste carrossable Ouarzazate, Tazenakht, Taroudant, est ouverte à la circulation.
Le 39e Goum est créé à Telouet.
Une reconnaissance d’officiers, escortée par les 10e et 35e Goum, atteint les Mezguita où elle fait aménager un terrain d’aviation.
Le 35e Goum occupe Tazenakht et le 34e Goum, venant du Nord, est affecté à Ouarzazate.
Les travaux de la route Tazenakht - Mezguita sont entrepris.
Le 39e Goum est affecté au poste de la Kelaâ des Mgouna.
Le 15 mai, le général Huré, commandant la région de Marrakech, se rend aux Mezguita avec onze avions. Le lendemain, il rejoint Ouarzazate.
1931
Premier pont en ciment armé sur l’oued Zat sur la route du Tichka.
10 février - On installe le Bureau des A.I. de Taliouine entre Ouarzazate et Taroudant.
Mai - Sur la rocade Nord-Est, le lieutenant-colonel Chardon installe le poste d’Imiter à 150 km de Ouarzazate.
Avril - Près de Kelaa des Mgouna, sur l’oued Dadès un pont de deux travées de 32,50 m. chacune avec une voie de 8 mètres est emprunté pour la première fois par le Maréchal Franchet d’Esperey, en tournée d’inspection avec le général Huré.
Octobre - Installation du Poste de Foum Zguid.
14 novembre - Le Groupe Mobile de Marrakech, partant d’Imiter, occupe la position de Foum el Kous, 15 km plus loin.
18 novembre - La route arrive à Tinerhir au débouché du Todgha. La construction de la piste s’est effectuée sans incident.
25 km après le poste des Aït Ben Haddou en direction de Tazenakht, le Génie militaire construit sur l’oued Iriri un pont métallique à trois travées de 27 mètres d’une longueur totale de 82 mètres (aujourd’hui supprimé et remplacé par un autre).
1932
Le Cercle devient Territoire avec comme chef : le lieutenant-colonel Chardon.
11 février - La vallée du Ferkla est occupée sans incident, sous le commandement du général Catroux, réalisant ainsi la liaison entre la région de Marrakech et celle du Tafilalet jusqu’aux Confins algéro-marocains.
Octobre - L’Annexe des Affaires Indigènes de Ouarzazate est créée.
Le lieutenant-colonel Chardon a déjà jeté les plans du futur Centre urbain de Ouarzazate, près des bureaux de l’Annexe des Affaires Indigènes dans les jardins, non loin de l’oued et de sa fraîcheur. Les routes sont alors goudronnées. Les premiers commerçants sont déjà à pied d’oeuvre. On dessine un jardin publique, splendide acte de foi. On crée une Infirmerie Indigène (hôpital du Bou Gafer actuel). On plante des arbres le long des voies d’accès.
En cette même année, les forces du Territoire occupent la vallée du Drâa jusqu’à Mhamid, accès par une piste vers Agdz construite au départ de Tazenakht.
1933-1934 - On a construit, on a nivelé, on a planté... Ouarzazate joue alors son rôle, imposé par la géographie, pour la conquête du Jebel Sagho en 1933 et du jebel Baddou en 1934.
La sécurité, but de tous les du Chef du territoire, sera pratiquement complète à partir de cette date.
1935 - La piste qui doit traverser le jebel Tifernine pour relier Ouarzazate directement à la vallée du Drâa ouvre ses chantiers. Elle va ainsi porter la sécurité au cœur de ce massif mystérieux et sauvage.
1936 - La piste se termine par de gigantesques travaux de mines pour franchir les cols. On construit des tours de garde équipée de téléphones pour la surveillance.
1937 - La piste d’Agdz est ouverte à la circulation le 1er mars.
1926-1936 : Une ville est créée sur des collines arides, ville qui se suffit aujourd’hui à elle-même et qui est un miracle de réalisations hardies et de persévérant courage.
3000 kilomètres de pistes sont ouverts dans tous les terrains, depuis le sable perfide, jusqu’aux gorges escarpées, aux canyons du Dadès, du Todgha et de l’Ourika (du Tifernine). Ce réseau admirable, filet jeté sur un quadrilatère de 30.000 km carrés, tient enserrées dans ses rets des populations frondeuses venues, grâce à notre ubiquité, à complète résipiscence.
L’équipement électrique des centres, le télégraphe et le téléphone sont installés. Les transports routiers sont devenus aussi réguliers et aussi nombreux que dans les régions les plus favorisées du Maroc. La belle référence de Lyautey, le “Maroc utile” s’est étendu à ces vallées hier encore la proie du démon de la Guerre.
En dix années d’efforts vigoureux, une ville a jailli du néant...


La palmeraie
Une palmeraie, très clairsemée sur la rive gauche, commence à Ouarzazate pour se continuer pendant 5 kilomètres environ, jusqu’après Aourz. Sur la rive droite, elle est plus fournie, mais également fort étroite, elle s’étend sur 10 kilomètres.
La population récolte les dattes, assez médiocres : feggous, khelt et quelques rares bouskri de meilleure qualité, les amandes d’amandiers non greffés, aux petits fruits, des figues, des grenades, le tout écoulé sur le souk local et dans le colonie européenne.
Après les fèves microscopiques récoltées en mars et avril, et l’orge, vers le même temps, viennent le sorgho et le maïs, coupés en octobre. Mais tout cela ne suffit pas aux besoins.
La zone d’insécurité officielle s’étendant encore à Ouarzazate, il s’ensuit que, d’une part, la chasse est interdite, et d’autre part, l’achat et la vente des terrains sont impossibles aux Européens.
Les indigènes traitent leurs affaires immobilières sur la base d’environ 20.000 francs l’hectare de jardins, 8.000 francs l’hectare de terres irriguées et 500 francs l’hectare de terrain bour.
Le centre urbain

Entre parenthèses : quelques précisions recueillies auprès de Pierre Katrakazos, le fils Dimitri.

Le centre urbain a pris le nom de Ouarzazate, appliqué autrefois à la palmeraie tout entière. L’arrêté viziriel du 13 déc. 1933 et le dahir du 8 mai 1934 lui ont donné une existence juridique.
Né, avant les règlements, de la nécessité d’assurer le ravitaillement d’une garnison sans cesse grandissante, le centre urbain s’est développé à l’Ouest de ce que le colonel Chardon considérait comme son point central, c’est-à-dire le croisement des routes de Skoura et du Tifernine, en bordure des jardins de la palmeraie au bord de l’oued.
Il pensait que le temps aidant, des villas et des boutiques se grouperaient autour des locaux de l’Annexe des Affaires Indigènes, de l’Exposition des Arts Indigènes, de l’Infirmerie Indigène (futur hôpital Bou Gafer), des Travaux publics, des villas des officiers de l’Annexe et des Fonctionnaires, donnant peu à peu, un sens au jardin public dans un “futur rôle rafraîchissant” qu’il avait fait aménagé avec amour, pensant que le lieu serait plus agréable à vivre pour les Européens. Ses avenues étaient déjà plantées d’arbres robustes, les jardins étaient bien irrigués, et ses quelques touffes de palmiers jetaient dans le paysage leur note d’exotisme africain.
A l’époque, la population du Centre, assez mêlée, ne comportait en fait que des commerçants et des fonctionnaires. La chapelle Sainte-Thérèse, installée à l’opposé de la ville naissante, était desservie par l’aumônier militaire de la garnison, le Père Bonaventure des Franciscains, qui assurait le service religieux pour les Européens.
En 1937, le Centre comportait :
*deux hôtels convenables :
- Hôtel Restaurant du Ouarzazate, Maison Achard, direction René Souvêtre, qui deviendra chez Mme Marius,
- Gîte d’étape, faisant partie de la chaîne de la Mamounia, en bordure du plateau en surplomb de la route et de l’Annexe des A.I. (Kenzi-Azgor actuel).
* Quatre cafés-restaurants :
- Chez le Grec Dimitri
- Café de la Légion, tenu par le Russe Stépanoff, ancien légionnaire (hôtel Royal aujourd’hui)
- Café restaurant de l’Atlas, du Grec J. Boznekis (existe toujours dans une rue derrière, parallèle à l’avenue Mohamed V).
* Quatre épiceries dont :
- celle du Grec Dimitri qui faisait débit de tabacs,
- celle du Grec Antoine Reissis qui faisait également dépôt de tabacs et poste d’essence (elle fut par la suite rachetée par Dimitri qui devint le fournisseur exclusif de l’Armée),
- celle de l’Espagnol E. Linarès, représentant des machines à coudre “Singer” et entrepôt de la bière “Zénith”.
* Librairie-Papeterie de l’Atlas, d’Antonio Panayotis, également un photographe marchand de journaux.
* Salon de coiffure de l’Espagnol Aguado.
* Dépôt de la bière “La Cigogne” (tenu par Dimitri).
* Agence C.T.M.
Quelques vendeurs indigènes de légumes frais s’étaient installés en bordure de la route, axe ensoleillé et bien aride.
Cette petite ville “en puissance” est dominée par le Poste militaire, qui occupe la colline la plus importante, nivelée largement à cet effet. Son altitude de 40 mètres au-dessus du lit de l’oued en fait un prolongement du grand plateau du Nord dont elle n’est qu’un fragment détaché.
Au centre du Poste, une solide et élégante tour de pierres, du plus pur style médiéval, élève, à 50 mètres au-dessus du cours d’eau, la vue des touristes amateurs de tours d’horizon.
Lorsqu’elle sera dotée de sa table d’orientation, ce sera un charme bien particulier que de pouvoir promener le regard sur tous les sommets de l’Atlas, du Siroua et du Tifernine, avec le plaisir de détailler leurs formes et de les comparer.
Pour le moment un peu dépaysée, cette évocation des tristes donjons féodaux, s’habitue au soleil d’Afrique, et écrase de son mépris les murs de pisé qui l’enserrent. Ces murs sont le Passé... mais, elle, c’est l’Avenir.

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Archives ECPA

Toute l’agglomération de Ouarzazate est ravitaillée en eau potable, par le captage de la source de Tisgui n’Lilane, où les Travaux Publics ont terminé les travaux du bassin de réception et de la canalisation (près de la route de Fint actuellement).
Deux tombeaux de marabouts gardent les entrées de Ouarzazate : sur la route de Marrakech, près du Souk, imposant à la tour vaguement soudanaise, c’est Sidi Ihourizen, au nom bien berbère.
A l’autre extrémité, en direction de la kasbah de Taourirt, c’est la koubba de Sidi Abderrahman bel Hadj (sous la terrasse du Kenzi-Azgor), précieux auxiliaire des séances de justice qui se tiennent au Bureau de l’Annexe des Affaires Indigènes, car il reçoit les serments des parties et clôt ainsi bien des débats...
Suggestion de la revue, pour une promenade :
1. Une petite visite à la coquette et neuve chapelle;
2. Une ascension à la tour d’orientation du Poste militaire;
3. Un tour au musée, exposition permanente de tapis et bijoux Aït Ouaouzguite.
Éventuellement un court pèlerinage au Monument aux Morts de la Légion Étrangère, au cimetière chrétien (en fait cimetière militaire car il comprenait également des tombes de tirailleurs sénégalais musulmans, dont les familles vivaient à Tabount, dont plusieurs ont fait souche).
La kasbah

Elle se nomme Taourirt, “la colline” en tachelhaït.
La kasbah est, en réalité, une petite ville groupée en deux rues tortueuses et d’étroites ruelles, autour de deux demeures seigneuriales, du style de ce pays.
L’une est celle du Caïd Si Hammadi, khalifat du Pacha de Marrakech; l’autre, celle de Si Mohamed el Aarabi, son neveu, fils aîné de Si el Madani.
Recensement de mars 1936 : 154 foyers indigènes s’y pressent : 1130 musulmans (392 hommes et 738 femmes); 124 israélites (62 hommes et 62 femmes).
Quatre portes donnent accès à l’intérieur. Celles de l’Ouest, du Sud et du Sud-Est, sont fermées chaque jour une heure après le coucher du soleil, celle de l’Est reste ouverte toute la nuit. Il existe, en outre, une porte spéciale pour la maison du Caïd.
Sous la terrasse de la kasbah, sous la voûte du gros banc de conglomérat, se sont installées des familles de pauvres gens qui y vivent en troglodytes.
C’est également cet endroit qu’ont choisi les potiers pour y exercer leur art. On peut y visiter trois ateliers en plein air et deux fours, en fonction le mercredi de chaque semaine, veille du souk. Les pièces terminées sont conservées, jarres, plats, écuelles, terrines à couvercle, dans les profondeurs de deux grottes fraîches. Les travaux de ces maalmine sont de simple terre cuite, quelquefois ornée de légères lignes noires. Jamais elle n’ont le fini des poteries de Tamgrout, ni surtout le joli verni vert ou ocre dont les potiers de Tamgrout savent les recouvrir.
Un bain maure s’est installé dans les jardins, à proximité de la porte de l’Ouest.
Sidi Daoud

Zaouia abritant le tombeau du plus grand saint local.
Il est, à 10 mètres de la route, une koubba dont la blancheur immaculée, le galbe et le croissant de cuivre, rappellent au touriste que le Berbère est islamisé.
Ce saint vécut, dit-on, entre 1822 et 1859 à Taourirt du Ouarzazate. Très vénéré, il y mourut au milieu de la consternation générale et fut enterré à l’emplacement de la koubba.
La légende raconte qu’une petite troupe, commandée par Zeroual, khalifat du Sultan Moulay Abderrahmane, campant à Tamarzast, vint chercher du bois près de la tombe. Dès que les soldats l’eurent en main, chaque branche devint un serpent. Effrayés, ils s’enfuirent et rendirent compte à leur chef de ce qui venait de se passer. Celui-ci, assez surpris et incrédule, vint à son tour et, dans ses mains, le même prodige se reproduisit. “Ici, dit-il, est enterré un saint.
En même temps, Raho ben Abderrahmane, de la famille notable des Aït Raho, une des plus ancienne du Ouarzazate, entendait une voix lui ordonner de bâtir une koubba sur la tombe de ce saint. Il écouta l’ordre du ciel, vendit ses terres pour se procurer de l’argent et construisit la koubba, aidé, dans sa pieuse besogne, par des amis fidèles. Il devint ainsi le premier moqadem de cette zaouia naissante.
Le 15 août, période des moissons, des figues, de l’abondance, fut la date choisie pour la fête de Sidi Daoud.
Le guide de 1938 indique que ce jour est l’occasion de fêtes où les cavaliers luttent de courage et d’adresse et les femmes de coquetterie.
De toutes parts, une multitude d’hommes, d’enfants, de vieillards, estropiés ou malades, viennent, le dimanche, demander au saint la guérison. Le malade est couché sur une natte à l’intérieur de la koubba et le saint lui suggère ce qu’il doit faire. Il part et guérit.
Dans la région, de nombreuses légendes ont aidé à l’immense réputation de Sidi Daoud. Parmi les plus curieuses c’est celle de la femme qui veut être mère. Elle apporte de la farine qu’on laisse séjourner trois jours près de la tête du saint. De cette farine, elle fait un pain qu’elle donne à manger à son mari et le résultat fut heureux. Ou encore l’histoire de la selle. Le père du moqadem de la zaouia avait une selle; un voleur, une certaine nuit, s’en empara. Mais, alors qu’il croyait s’éloigner et avait déjà marché toute la nuit, il se retrouva au petit jour à quelque cent mètres de la zaouia...
La route vers Skoura

3,5 km. Sidi Daoud.
7 km. Aourz. Dernier douar de la palmeraie. Jolis effets de ruines.
10 km. A 600 mètres environ à droite de la route, “roche tarpéienne*” des Ahl Ouarzazate. Rocher plat, sur lequel sont hissé les voleurs, qui restent ainsi trois jours, stylites involontaires, livrés au mépris et aux quolibets des passants (ce lieu est maintenant sous les eaux du barrage. Pierre Kazatrakos se souvient plutôt d’une grotte fermée par des barreaux de fer).
12 km. Zaouia n’Ourbaz. Un cadi officiel y résidait.
Peu après avoir dépassé l’ancienne tour de garde (à gauche) la route traverse la large vallée de l’Izourki.
Aussitôt après se détache, sur la droite, la petite route qui mène à la Zaouia n’Ourbaz, à 1500 mètres.
41 km. Skoura. L’homme singe. Les indigènes, suivant leur croyance, voient en lui, comme en tous les simples une hypostase de la Divinité et t’entourent d’un respect craintif.
* roche tarpéienne. Crête rocheuse de l’extrémité du Capitole (dans la Rome ancienne), depuis laquelle on précipitait les criminels (Le Robert illustré).
Le Tifernine

Au sens strict, le nom de Tifernine ne s’applique qu’au long et étroit plateau allongé au Sud-Ouest des Aït Saoun, à l’Est, zone comprise dans le quadrilatère des routes reliant Ouarzazate, le Bachkoun, Tazenakht et Agdz, d’une part et la Tarhia du Drâa, d’autre part.
Géologiquement, c’est un énorme complexe de laves précambriennes épanchées dans la zone de fractures de la lèvre Sud du grand géosynclinal d’où surgira, au tertiaire, l’Atlas. Ce complexe fut ensuite brisé par deux segments affaissés au centre et relevés sur les bords Est, Sud et Ouest. Au Sud, ces mouvements ont redressé les couches cambriennes plus jeunes (géorgien et acadien), sédiments déposés sur ce socle de laves, dont les strates ont pris le pendage Sud et Sud-Est.
Les formes générales de cette espèce de cirque ouvert vers le Nord et relevé à plus de 1800 mètres sur son pourtour Est, Sud et Ouest, se sont conservées, mais l’érosion a largement entamé les surfaces. Il en résulte une infinité de formes, depuis les aiguilles jusqu’aux dômes et un relief confus, dans lequel les dépressions des oueds Aït Saoun, Douchchen et Irhels constituent les seuls points de repère de la morphologie.
La ligne d’eau, encore mal connue, mais bien déterminée, suit le contact des laves avec le cambrien redressé, au Sud du massif. Les sources de l’Est sont, avec celles des Aït Saoun, Gouzdad, Tamarhat n’Taksaït, Tiourarine, Amane mekkorine, Imaoune Ourtane, Tamsouart.
Signal_Sauvajon

Le seul souvenir historique à noter, sur cette région déshéritée est sa traversée par le Vicomte Charles de Foucauld du Nord au Sud et de l’ouest à l’Est, avec les étapes suivantes :
25 octobre 1883 : Tikkirt - Irhels.
26 octobre 1883 : Irhels - Tazenakht.
Au retour
13 avril 1884 : Tazenakht - Signal 1836 (désigné par lui sous le nom de Jebel Tifernine).
14 avril 1884 : Signal 1836 - Tazzouent, par le Tizi n’Oumrad.
Il a noté ainsi l’impression saisissante qu’il avait rapportée :
Le sol est formé de roches et de pierres, grès dont la surface, semblant calcinée, est noire et luisante comme si elle avait été passée au goudron. Cette roche, la seule que je sois appelé à voir d’ici Tazenakht, domine dans tout le Sud. Dans les plaines je la retrouverai sous forme d’une croûte de petites pierres noires et brillantes, sorte d’écaille qui couvre la terre.
En pays de montagne comme ici, elle se présente sous deux aspects : tantôt avec l’apparence d’escaliers aux degrés noircis et craquelés, monceau de pierres luisantes entassées, tantôt en longues tables unies et lisses.
Telles sont les solitudes désolées que je parcours; elles font songer aux déserts de pierres noires que, dans une autre région S. Paulinus trouva aux abords du Grand Atlas.”   
A noter que les habitants du Tifernine vinrent faire leur soumission au Général de Lamothe, en janvier 1919, faisant ainsi cesser des siècles de guerre intestine avec leurs voisins.
Le guide annonce que “la terre tremble quelquefois à Ouarzazate, mais pendant une ou deux secondes.
L’épicentre de ces secousses doit se trouver fort loin, car elles arrivent amorties, secouant seulement les objets légers, sans les déplacer.
“Les plus récentes sont celles du 13 octobre 1936, des 3 et 5 janvier, et 24 février 1937.

C’est là une preuve géophysique, ajoutée aux preuves géologiques, du rattachement de la cuvette de Ouarzazate à la longue zone de diastrophisme du Sud de l’Atlas.
De Tabount se détache sur la droite, une bonne piste pour auto qui mène au captage d’eau potable de Ouarzazate à Tizgui n’Llilane, au pied des monts brûlés. Cette source donne habituellement un litre-seconde, suffisant pour les besoins en eau potable du Centre.
La route du Sud, Ouarzazate - Agdz, descriptif de 1937

Mise en chantier fin 1935, la route d'Agdz fut ouverte à la circulation le 1er mars 1937, permettant ainsi la liaison directe avec Agdz et la vallée du Drâa alors que précédemment il fallait faire le détour par Tazenakht et Bou Azzer.
Cette nouvelle route traverse la partie Est du massif du Tifernine en empruntant les dépressions des affluents de droite de l’assif n'Douchchen, puis la cuvette des Aït Saoun, seule agglomération traversée.
Quatre tours de garde, en liaison à vue, munies d’un téléphone et d’une trousse sanitaire, assurent, en tout temps, la surveillance de ce long ruban à travers un désert sans vie apparente.
Le touriste peut donc sans fatigue et sans aucun danger, pénétrer au cœur d’un massif justement réputé autrefois comme un repaire de coupeurs de route.
Dès la sortie de Tabount, la piste d’Agdz passe entre deux reliefs; sur celui à l’Est se trouve le signal Sauvajon. Altitude 1282 m. Vue unique sur l’Atlas, la vallée de Ouarzazate et le chaos du Tifernine. (30°53,58’N - 06°53,52)
Km 7. Traversée de l’oued n'Douchchen
Km 22. Tour Bossan.
Km 34. Tour Fournier.
Km 42. Cuvette des Aït Saoun.
Dans le lit de l’oued se développent quelques pieds de “gattilier, l’agneau chaste” de la Provence, dont le fruit, et même le bois, porté en amulette, jouissent de la réputation d’anti-aphrodisiaques (1).
Douar des Aït Saoun. Petit et calciné. Ruines de la dernière harka punitive de Si Hammou el Glaoui.
“Les Aït Saoun sont des Berbères blancs, restés très purs. Ils sont, en général, robustes et bien constitués. Leurs enfants sont souvent très beaux. Bien qu’ils se défendent d’être des Aït Ouaouzguite, mille détails de leurs mœurs et de leurs vêtements les trahissent. Les femmes portent exactement le même costume que celles des Aït Semgane, costume qui n’a rien de commun avec celui des hartania du Drâa.
Pasteurs, les Aït Saoun sont, pendant une longue partie de l’année, répandus dans la montagne. Ils couchent sous la takhamt, hutte démontable de bois de laurier-rose, assemblés à l’aide de cordes et recouverts de nattes d’alfa.
Le saint local est un Sidi Daoud, différent de celui de Ouarzazate, dont on ne sait plus rien. Il semble tout-puissant pour la guérison des humains et des troupeaux et la fécondité des femmes...
La route s’échappe de la cuvette des Aït Saoun par l’audacieuse escalade de la haute muraille géorgienne du Jebel Anour qu’elle franchit au Tizi n’Tinifift (1680 m).
Km 56. Tour Colonel Chardon.
Encore deux kilomètres et apparaît sur le premier plan tourmenté des des vertigineux canyons de l’Ourika, la verte tache de la vallée du Drâa. Dans les lointains de gauche, le Sagho, au centre le majestueux Jebel Kissane, résidu d’une ancienne chaîne, et “flottant, diraient les géologues, sur son substratum cambrien”; enfin, limité à droite par les monts arides de la Koudiat des Ouled Yahia, le large ruban vert de la vallée se déroulant avec une savante nonchalance, comme pour prolonger le mirage...
Le gigantesque travail qui a permis à la route de se frayer un passage dans les roches massives et calcinées des rives de l’Ourika, n’est plus perceptible, tant il paraît naturel de rouler sur un tablier de route bien calculé. Et cependant, de longs mois, 400 mines par jour faisaient sauter les blocs, pour notre plaisir actuel. L’audace et la patience de l’homme ont fait céder l’obstacle, mais notre pensée reconnaissante va vers ces artisans obscurs de la pénétration pacifique qui sont parvenus à le vaincre.
La route descend en dominant à droite le lit profondément creusé de l’Ourika, à travers les schistes verts gréseux, d’âge acadien, qui marquent la lèvre Nord du synclinal de Tamsikht.
Km 59. Tour Denis, sur une hauteur à 600 m, à droite de la route.
Km 63. Vue, à droite, sur le douar d’Ourika, sa petite kasbah et ses bouquets de palmiers.
Km 73. Agdz des Mezguita.
(1) Note de la rédaction : Le gattilier
Également connue sous l’appellation de “poivre des moines”, selon la croyance, la feuille de gattilier fut mâchée au Moyen-Âge par les moines du Sud de l’Europe afin de les aider à rester chaste à tout instant. Dioscoride, illustre médecin de la Grèce antique, mentionne qu’on faisait, avec les graines présentes dans la baie, une boisson destinée à calmer la libido. Dans la civilisation romaine, les textes anciens racontent que les femmes des légionnaires l’utilisaient pour réfréner les pulsions sexuelles de ces guerriers, loin de leur famille. Ces anecdotes justifient en tout cas une appellation plus ancienne qui le qualifiait d’arbre de chasteté tant les femmes comptaient sur ses effets.
Cette propriété qui, soit dit en passant, n’a pas été démontrée scientifiquement, semble avoir déterminé le nom de l’arbuste : agnus castis signifie “agneau chaste” en latin. Quant au mot vitex, il viendrait de vitilium qui signifie “tressage”, parce qu’on utilisait les branches, à la fois souples et résistantes, pour fabriquer des clôtures.
Si le gattilier n’avantage donc par la libido masculine, son fruit, par contre, agit favorablement sur le cycle féminin. En effet, le vitex agnus-castis, nom scientifique du fruit du gattilier, influe sur l’activité de l’hypophyse en augmentant la sécrétion de progestérone au détriment des œstrogènes. Cette propriété équilibre le métabolisme d’une femme, notamment durant la période prémenstruelle, et lui évite ainsi des troubles psychiques et physiques récurrents.
Dans un registre différent, le gattilier renferme un taux élevé en flavonoïde qui est une substance favorisant l’élimination de la graisse en faveur de la production d’énergie. Ainsi le gattilier se prête autant à la perte de poids qu’à la prise de masse musculaire s’il est ingéré pendant les périodes d’exercices intenses. De plus “l’agneau chaste”, autre appellation charmante, contient de l’huile essentielle qui contribue à brûler la graisse excessive et à en empêcher l’accumulation dans l’organisme. Bref, le gattilier peut faire office de complément alimentaire pendant une période de musculation.

Je recherche des personnes ayant eu quelqu’un de leur famille en poste à Ouarzazate ou dans son “territoire”, autant militaire que civil. Si elles veulent témoigner, ce site est à leur disposition. Textes et photos seront les bienvenus. Évidemment votre participation passera sous votre nom.
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