La Légion

La batterie de Marche du 4ème Etranger

Mis à jour : jeudi 25 août 2011 09:21
En partie d’après un texte de Raymond Guyader paru dans la revue Képi Blanc, février 1969
Archives Baraton


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En 1930, suivant le programme tracé par le Maréchal Lyautey, la décision fut prise d’achever la pacification du Maroc et de contrôler la totalité de son territoire.
Ne pouvant obtenir de la Métropole le renfort d’artillerie nécessaire, le commandant supérieur des troupes du Maroc décida de créer “sur sa substance” deux batteries de Légion.
Il ne restait donc qu’à trouver le matériel et à sélectionner le personnel...
Des canons de 75 mm furent prélevés sur le parc d’artillerie du Maroc qui disposait des canons et des rechanges destinés à soutenir d’une part, l’artillerie de l’ensemble des postes marocains et d’autre part, les deux régiments d’artillerie d’Afrique, RAA (1) et RACM, tenant régulièrement garnison au Maroc (Casablanca et Meknès).
Ainsi en avril et mai 1932, furent créées :
- à El Hajeb, la batterie de marche du 2ème Etranger, rattachée administrativement à la compagnie montée;
- à Marrakech, la batterie de marche du 4ème Etranger, rattachée à la compagnie hors rang (C.H.R.)
Officiellement, à l’échelon ministériel, ces batteries n’avaient pas d’existence légale, d’où leur titre “de marche”.

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Général Rollet en tournée d'inspection à la batterie


Les sous-officiers, détachés des deux régiments d’artillerie officiels du Maroc, les gradés et les légionnaires conservaient l’appellation normale, employée dans l’infanterie de la Légion, mais il était d’usage d’utiliser les appellations de l’artillerie, à savoir : maréchal-des-logis pour sergent, brigadier pour caporal et canonnier pour légionnaire.
Les batteries ne furent pas dotées de moyens de transport propres à l’unité. Les déplacements étaient assurés soit par une société civile, la Compagnie Africaines de Transport (C.A.T.), soit par une section du train. En l’occurence, ce furent des camions Berliet du 123ème régiment du train/auto.

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Canons et marabouts
des canonniers au cantonnement.
Ce cantonnement ne se trouvait pas dans la redoute sur la colline mais dans un terrain aménagé en face de la descente
(voir plan Balmigère 1937)


Historique

A la date du 16 mai 1932, un détachement à pied, armé de quatre canons de 75 mm modèle 1897, sans avant-trains ni caissons, est donc constitué au titre du 4ème Etranger cantonné à Marrakech.
Ce détachement (Batterie de Marche) quitte Marrakech par camion le 13 juillet 1932 et arrive le même jour à Ouarzazate. Il est mis à l’instruction et à l’exécution de travaux divers d’aménagement de son cantonnement au pied de la colline du poste; il en repart le 5 novembre pour le poste de Zagora, puis au Tizi Larjam où il exécut des travaux de piste.
Dans la deuxième quinzaine du même mois, il retourne sur Zagora, s’embarque en camion pour Nkob, bivouaque à Tazzarine, met en place les deux canons et les munitions de ce poste, et revient à Ouarzazate le 6 décembre où il s’installe dans le nouveau casernement de la batterie.
Travaux de piste, instruction et constructions de hangars pour le matériel d’artillerie occupent la batterie de marche jusqu’au 11 janvier 1933, date à laquelle elle quitte Ouarzazate pour les opérations du jebel Sagho.
Placée à la disposition du général Giraud, commandant les confins algéro-marocains, la batterie, aux ordres du chef d’escadron de Goutel, se met en position de tir à l’extrémité de la piste d’Alnif devant le Bou Gafer. Jusqu’au 26 mars, elle effectue quotidiennement des tirs de harcèlement, d’appui et d’interdiction de points d’eau. 5461 obus seront tirés dont 877 le 28 février, le fameux jour de l’assaut des goums et de la Légion.
L’affaire du jebel Sagho réglée, la batterie rejoint Ouarzazate le 13 avril avec les camions de la C.A.T. La garnison reprend ses activités dont la principale est l’instruction au canon.
Le 18 avril, inspection du lieutenant-colonel Azan, commandant provisoire du Territoire. Le 21, inspection du colonel Conte, commandant le 4ème Étranger.
Le 7 juin, elle s’embarque, toujours sur les camions de la C.A.T. pour le Haut-Atlas. L’objectif, cette fois, est de réduite les dernières taches de résistance. La batterie dispose alors en plus de deux pièces de 105 Schneider.
En position le 18 juin, jusqu’au 9 juillet, elle assure des tirs de harcèlement au cours de tous les combats de l’infanterie, goums, tirailleurs sénégalais et légion.
La réduction du jebel Baddou se poursuit et impose à la batterie de se déplacer sans cesse, dans un terrain extrêmement difficile.
Enfin , le 21 août, en présence du général Huré, commandant supérieur, et du général Goudot, commandant la région de Meknès, la batterie de marche du 4ème Etranger assiste à la reddition des dissidents et participe à la prise d’armes consacrant l’investissement du jebel Baddou. Lors de cette opération, les canonniers légionnaires seront filmés en action par le cinéma aux armées.
Le 5 octobre, la batterie retrouve à Ouarzazate son casernement qui se fait en fait sous des marabouts (tentes militaires).
Le début de 1934 est marqué par des opérations en février dans l’Anti-Atlas et le Bani contre les derniers irréductibles.
Le capitaine Battesti, commandant de batterie, le lieutenant Baraton, son adjoint et les adjudants, chefs de sections de la batterie de marche du 4ème Etranger, sont tous détachés du 64 ème R.A.A. Régiment d’Artillerie d’Afrique.
Le 7 mars, la batterie, au repos à Taroudant, reçoit l’ordre de se partager en deux sections : la première, aux ordres du lieutenant Baraton, est désignée pour le raid motorisé du colonel Trinquet sur Tindouf qui se déroulera jusqu’au 4 avril. La deuxième section et celle de commandement retourne à Ouarzazate, alors que la première y reviendra le 8 avril.
Par ordre du 16 mars 1934, la batterie de marche du 2ème Etranger, a eu pour garnison officielle Ouarzazate mais, désormais, le Maroc est entièrement pacifié et les deux batteries de Légion (2ème et 4ème Etranger) n’assument plus qu’une vie de garnison. Le 7 juillet 1934, les deux batteries de marche sont regroupées à Marrakech.
Le 1er avril 1935, la Batterie de Marche participe à la prise d’armes faite pour le Général Inspecteur de la Cavalerie. En mai, la batterie va exécuter des écoles de feu à El Hajeb.
Le 9 et 10 juin, elle participe aux revues et aux défilés devant l’amiral commandant la 2ème Escadre (Atlantique) et devant le Résident général.
Elle participe le 21 à une prise d’armes et à un défilé devant le Général, commandant supérieur des Territoires Militaires Marocains.
L’instruction (artillerie et transmission) est reprise. Le 7 juillet, la Batterie effectue un changement de garnison et gagne par camions et cars Marrakech où elle participe au Service général du Régiment et reprend l’instruction.
C’est le 14 juillet 1935, lors du défilé, que l’on voit les canons tractés par des camions Laffly et les pelotons des pièces portés.
Le 10 août, les deux batteries de marche forment un groupement d’artillerie de Légion (G.A.L.) sous le commandement du chef d’escadron Brisac.
Le 15 novembre 1940, le 4ème Etranger est dissout. La totalité du régiment, y compris ses deux batteries portées, passe au 2ème Etranger.


Les actions au jebel Sagho

R.A.ALa batterie quitte Ouarzazate le 11 janvier 1933 pour participer aux opérations du jebel Sagho. Par Bou Malem (1), elle gagne Khellil n’Aït Aïssa oul Brahim. Le 12, elle effectue la liaison avec les éléments des Confins Algéro-Marocains et une reconnaissance en direction de Rostaj.
Le 18 février, la batterie est mise à la disposition du Général Commandant les Confins. Elle quitte Khellil, se porte sur Mellal, Alnif et bivouaque à l’extrémité de la piste devant le Bou Gafer. Elle conserve la même position de batterie jusqu’au 3 mars et effectue quotidiennement des tirs de harcèlement et d’interdiction des points d’eau. Le 4, la batterie est poussée de 2 kilomètres vers l’avant.
Sur la même position :
Le 15 mars. Contrôle par avion. 16 charges normales. Harcèlement de nuit, 12 charges normales, 36 charges réduites. Total 64 coups.
Le 16. 56 charges normales, 24 O.E.17. Harcèlement de nuit 63 charges normales, 27 charges réduites. Total 170 coups.
Le 17. 67 charges normales, 16 charges réduites, 11 O.E.17. Total 94 coups.
Le 18. Harcèlement de nuit. 55 charges réduites.
Le 19. 21 charges réduites.
Le 20. Harcèlement de nuit. 56 charges réduites, 16 charges normales. Total 72 coups.
Le 21. 62 charges réduites, 22 charges normales. Total 84 coups.
Le 22. Harcèlement de nuit. 18 charges réduites, 6 charges normales.
Le 23, tirs suspendus.
Le 24, tirs suspendus.
Le 25 mars, ordre de départ de la batterie sur Alnif et Tinerhir.
Le 26 mars, elle est embarquée sur camions C.A.T. et transportée au poste d’Alnif. Elle en repart le 10 avril pour Tinerhir et rejoint Ouarzazate le 13 avril.
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Ouarzazate, automne 1934.
L’encadrement de la batterie de marche du 4ème Etranger. Au centre, assis le Lt Baraton faisant fonction de commandant de Batterie pendant l’absence du Cpt Battesti.
De gauche à droite : adjudant Luppens, sergent-chef Lacroux, sergent Becker, adjudant-chef Lacamesure, adjudant Caillet, les sergents dubois, Martin, Kopp et Bein. Derrière : les 4 canons de 75 mm.


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La batterie embarque sur les camions de la CAT pour faire mouvement dans l’Anti-Atlas, le 9 février 1934. Les canonniers portent le chèche et certains, les lunettes protectrices du modèle des équipages de char et d’automitrailleuse. Chaque canon possède un petit fanion d’alignement qui est un piquet de repérage pour la mise en direction des pièces.



Alnif_nov._1932_batterie_de_marche_du_4e_etranger_canons_sur_camions_CAT

1932. Alnif, canon chargés sur camions de ma CAT
archives de l'auteur


Souvenirs d’un officier, 1934-1935

Les deux batteries de marche étaient stationnées à Ouarzazate depuis la fin des opérations de pacification. Elles étaient proches toutes deux d’un détachement du Génie, constructions implantées du côté Nord-est et au pied de la butte de Ouarzazate, couronnée par le poste.

Implantée à Ouarzazate depuis assez longtemps, en dehors des opérations, la Batterie de marche du 4ème Etranger y disposait d’un casernement en parpaings de terre et de tôle ondulée. Nouvelle venue, la batterie du 2ème RE était sous tentes marabouts et devait encore attendre quelques temps le confort de sa voisine.

RAA_Baraton_1934_copy_copyA l’époque, Ouarzazate se limitait alors à la colline portant le poste et à ses abords immédiats, trois villas d’officiers des Affaires indigènes; deux ou trois commerçants grecs étaient installées sur la pente Nord où passait la piste venant de l’Atlas. A plus d’un kilomètre à l’Est se trouvaient la kasbah et le ksar de Taourirt de Ouarzazate.
Le poste militaire était important : outre batteries et service du Génie, il était le siège d’un bataillon du 4ème Régiment Étranger d’Infanterie ayant du personnel dans divers postes de la région. Commandé par le chef de bataillon Lambert, ce dernier était parfois visité par sa famille de plusieurs enfants qu’on appelait les Aït Lambert.
Le Bureau des Affaires Indigènes était commandé par le Colonel Chardon, depuis longtemps chez lui dans la région avant qu’elle ne soit pacifiée pour tous. On se souvenait d’une unité qui, se déplaçant dans la région sans une protection suffisante, avait été exterminée en un lieu où, la veille, le "kourounir Chardoun" était passé tranquillement à cheval avec un seul mokhazni.
Ouarzazate comprenait également un escadron d’automitrailleuses Panhard, à bandages pleins; un peu plus tard, un détachement du 1er REC, dont les cavaliers assuraient la sécurité sur diverses pistes (colonel O’Neil); cavaliers solitaires, sabre à la selle, gandoura, chèche, mousqueton, ils cheminaient par tous les temps au voisinage des pistes, entre les rares tours de garde des goums, près desquelles ils ne voyaient en passant souvent personne.
(1) Régiment d’Artillerie d’Afrique
(2) Boumalne du Dadès actuel
(3) Interprétation locale du mot “colonel Chardon”

Découverte d'un tampon de propriété du :

Lieutenant André Marque.
Cavalerie de la Légion Etrangère
OUARZAZATE (Maroc)

 

Dans l'ouvrage de Maurice Privat : Vénus au Maroc. Ed. Les documents secrets 1931

 

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et d'un tampon concernant les Spahis marocains (en partie effacé)
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Remerciements

Merci à Madame Balmigère, à Madame Decordier, à Monsieur Lafite et à Pierre Katrakazos pour avoir accepté de mettre leurs archives familiales à disposition. Sauf indication contraire, les documents reproduits font partie des archives de l’auteur.