Affaires indigènes

Les bureaux de Renseignements

Mis à jour : lundi 12 décembre 2016 18:40


Dès le début de la pacification du bled es Siba, Lyautey mit en place des bureaux de renseignement avec à leur tête des officiers chargés non seulement de se renseigner mais aussi d'œuvrer au plan social, d'être des "agents d'action sociale" (manifeste de Lyautey sur le rôle social de l'officier paru dans la Revue des deux mondes).

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Ber-Réchid. Probablement un des premiers bureaux de Renseignements

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Lyautey s'était inspiré des Bureaux Arabes qui existaient en Algérie. Leurs officiers s'occupaient, entre autres, de tisser des liens sociaux, de régler au mieux les conflits d'intérêt, d'être des juges de paix. Beaucoup de ces officiers, recrutés sur leurs compétences et leurs qualités humaines, sont devenus, au fil du temps, très proches des populations autochtones, créant progressivement une opposition croissante avec les colons; de ce fait les Bureaux Arabes d'Algérie furent, progressivement, démantelés à partir de 1870. Ils réapparurent au Maroc d'abord sous le terme de bureaux de renseignement puis des Affaires Indigènes (A. I.).

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renseignements

En 1913, les officiers des bureaux de renseignements sont 189, ils seront 300 en 1933. Leur zone de compétence sont les zones militaires, les zones civiles (pacifiées) relevant de la compétence des contrôleurs civils. Ceci dit des "panachages" entre les deux pouvaient exister dans certaines régions, cercles et bureaux.

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Ces officiers suivaient tout d'abord leur formation à Meknès puis à partir de 1920 à l'Institut des Hautes Etudes Marocaines à Rabat. Ils apprenaient les langues (berbère, arabe), l'histoire et la géographie du Maroc, le droit coutumier berbère, le droit musulman etc. Mais ils acquerraient également des notions techniques en relation avec les services agricoles, génie rural, eaux et forêt, etc.

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On a parlé de Robert Montagne à propos d'études sur les Marocains et plus particulièrement les Berbères. Cet ancien officier de marine fut justement conseiller de Lyautey sur les questions ethnologiques. Il joua un rôle important dans la formation des fameux officiers du renseignement puis des Affaires Indigènes, notamment à Rabat, siège de l'Institut des Hautes Etudes Marocaines. En 1936 il créa, en France, le Centre des Hautes Etudes d'Administration Musulmane.

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Cachet du Service, 1909

Lorsque qu’éclate la Première Guerre mondiale, le 2 août 1914, le général Lyautey est depuis deux ans Résident général de France au Maroc. Le corps expéditionnaire français qu’il a mis sur pied pour assurer progressivement la sécurité du pays et qu’il s’efforce de renforcer chaque fois qu’il le peut, doit subitement perdre ses plus belles divisions marocaines, que Joffre réclame de toute urgence. Lyautey s’exécute, la mort dans l’âme, considérant que priorité absolue doit être donnée au front français. Mais, contrairement aux ordres de Paris, il décide de maintenir intégralement ses gains territoriaux et l’ordre au royaume du Maroc.

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Lyautey estimait en effet, qu’avec ses seules forces supplétives, goums mixtes marocains, makhzen à cheval et partisans armés, forces commandées par les officiers de son Service de Renseignements, et une action politique adaptée aux circonstances, il pourrait, en chef réaliste, habile et prudent, faire face à ses missions.
C’est le colonel Berriau qui fut l’un des premiers animateurs des renseignements et des goums marocains.

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Le Service des Affaires Indigènes est issu du Service des Renseignements créé par Berriau, sur ordre de Lyautey en 1913. Il comprenait environ trois cents officiers, sévèrement sélectionnés.

Le capitaine Berriau, ancien commandant la Compagnie Saharienne de la Saoura de 1908 à 1916, fut le directeur du Service des Renseignements du Maroc et premier commandant des goums mixtes marocains du 1er mai 1915 au 18 décembre 1918. A ses obsèques, le 19 décembre 1918, Lyautey reprit une fois une phrase restée célèbre : “Il n’y a pas d’oeuvre humaine qui, pour être vraiment grande, n’aie besoin d’une parcelle d’amour. Cette vision nette et claire du Maroc rural, Berriau l’avait comme moi.

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A l’origine le service des Affaires Indigènes (A.I.) constitua en quelque sorte l’armature politique du Résident général, puisqu’en son nom ses membres contrôlaient, pacifiaient, ou dans les zones récemment pacifiées, guidaient caïds et chioukh sans relâche et passionnément, dans leurs nouvelles tâches administratives et sociales. Certains avaient pensé les appeler “contrôleurs militaires” par opposition aux contrôleurs civils des régions des grandes villes et des territoires pacifiés depuis longtemps, mais les officiers de carrière préférèrent l’appellation “Officiers des Affaires Indigènes”.

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Guercif_Bureau_renseignement_Maghzen

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Avec les progrès de la pacification, les effectifs initiaux s’avérèrent rapidement insuffisants. Leur répartition à tous les niveaux du quadrillage politique du Maroc, de l’échelon central à l’échelon de base (le chef de poste), en passant les échelons intermédiaires : régions, territoires, cercles, bureaux et annexes, nécessita un recrutement permanent suivant des normes bien précises.

L’officier des A.I. bénéficiait d’une liberté d’action incontestable dans ses activités multiples. Il était tout à la fois, ou tour à tour, administrateur, officier de renseignements, ingénieur ou architecte, magistrat, voire médecin et enfin chef de guerre puisque dans les opérations de pacification qui pouvait se présenter, il prenait le commandement de son goum ou des partisans levés dans la tribu contrôlée. Cette polyvalence requérait une bonne santé, un jugement sain, du caractère, de la foi, de l’optimisme, en un mot l’officier des A.I. devait avoir la vocation.
La Renseignerie : Ces "Messieurs de la Renseignerie", vocable donné en aimable taquinerie par les officiers des troupes régulières aux officiers des Bureaux du Service de Renseignements puis aux Affaires Indigènes.

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A lire cette carte postale on doit en déduire que la recherche de renseignements s'effectuait également en avion.

Les cours des Affaires Indigènes

Source : un texte de Gérard de Chaunac-Lanzac

Le colonel Materne avait dispensé le premier cours des A.I. après la guerre. Il devait être remplacé par le colonel Olié à la fin de l’année 1947. Le colonel Materne s’intéressait peu à la formation des élèves sinon par une petite plaquette intitulée Les derniers conseils, où il résumait ce que devait être la mission, une fois les élèves revenus dans leurs bureaux respectifs : les débuts, le milieu, le personnel, le métier, les servitudes, le danger et les joies, constituaient les différents chapitres de cet opuscule.
Le colonel Olié était tout autre : il avait assumé des responsabilités importantes à l’état-major du général de Lattre et commandé un régiment de Légion. Il avait donné à son cours une nouvelle dimension culturelle et intellectuelle. Son regard était très clair, son contact à la fois chaleureux et intimidant par moments.
Le commandant Ayard avait défini d’une façon très clair le rôle des officiers des A.I. : “La compétence de l’officier des A.I. s’étend à toutes les branches de l’activité humaine. En plus de qualités militaires, cet officier administrateur doit être diplomate, ingénieur, agriculteur, légiste, comptable, arabisant ou berbérisant, mais sa première qualité doit être le bon sens. C’est en outre un véritable apostolat”.

En 1954, le cours des A.I., de la durée d’une année scolaire, était dirigée par le colonel Pantalacci, figure emblématique des A.I.. Il dispensait chaque jour une heure d’arabe dialectal et une heure de berbère tachelhaït, ou “chleuh”, ou “Taspinionite”, du nom de son professeur, le colonel Aspinion, plus des heures, trop courtes, de sociologie musulmane, et de génie Rural : irrigation, maladies des palmiers et des moutons, etc. et surtout de droit coutumier. Ce professeur avait mis au point une excellente grammaire berbère.
Le commandant Mercier enseignait non seulement la langue arabe, mais aussi les subtilités de la politesse arabe qu’il fallait connaître et maîtriser pour les relations avec les Marocains de haut rang.

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QUESTIONNAIRES à remplir par les officiers des A.I. en poste

Fiche de tribu (avec croquis)

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I. Zone d’habitat
1) Situation géographique
2) Limites de la tribu, avec les fractions et tribus limitrophes.
3) Caractéristiques géographiques :
- géologie
- climat : régime des pluies et neiges, température, vents (relevés des observations faites les quatre dernières années)
- orographie
- hydrographie
- étude détaillée des ressources en eau (sources, puits, citernes)
- forêts
4) Points remarquables - Localités importantes
5) Routes - Pistes : inventaire complet des pistes auto-cyclable et des pistes muletières. Itinéraires avec croquis.

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II. Ethnographie
1) Confédération et tribus d’origine
2) Fractionnement et nombre de feux par fraction
3) Habitat : liste des agglomérations avec population - les fractionnements à l’intérieur d’un douar ou d’un ksar
4) Genre de vie (nomade, sédentaire, etc.)
5) Histoire du peuplement du pays 
origine et composition actuelle de la population
apports étrangers : origine lointaine et origine rapprochée
6) Immigration et émigration - étude démographique
7) Vie religieuse : chorfa, zaouia, médersa, mosquée.
III. Historique sommaire
1) Avant la soumission
2) Date et mode de la soumission
3) Depuis la soumission.

IV. Situation politique
1) Autorités de contrôle (poste, bureau, cercle)
2) Autorités indigènes ou commandement unique :
- chefs indigènes
- notables - familles influentes - rivalités des leff
- personnalités qui nous sont hostiles ou favorables
- liens avec les personnalités influentes voisines
- fortunes principales
3) Personnage et groupements religieux : leurs influences
4) Attitude vis-à-vis du Makhzen et des tribus voisines
5) Personnalités influentes européennes

Questionnaire en vue de levées de partisans (piétons et cavaliers)

Partisans_copy

1. Nombre de partisans :
a) pouvant être levés pour une période de longue durée, et sans interrompre la vie économique.
b) pouvant être levés pour une période de courte durée en cas de danger imminent.
c) nécessaire en tout temps aux services locaux de garde et de sécurité.
d) pouvant être employés hors tribu :
en tenant compte des relèves nécessaires
sans tenir compte de ces relèves.

2. Encadrement :

a) Chefs indigènes à donner aux partisans
- caïds et chioukhs
- gradés ou chaouchs à prélever sur les formations existantes.
- retraités des troupes régulières

b) Encadrement français
- effectifs nécessaires
- ressources existantes
- ressources existantes et disponibles pour employer hors tribu
- cadre de renforcement susceptible d’être trouvé sur place.
3. Chefs indigènes ou personnages influents qu’il y aurait intérêt à employer pour s’assurer de leur fidélité et de celle de leur tribu.
4. Valeur des partisans :
- valeur combative
- loyalisme
- aptitude à servir hors tribu

La société Berbère. Sa constitution

1 - La famille
a) Le mariage
- La femme est-elle ou non choisie ordinairement parmi les filles ou de la fraction du jeune homme?
- L’autorité du père sur sa femme ou sur ses enfants est-elle absolue ou limitée par la coutume ?
- Les parents de la femme mariée, les frères, en particulier, peuvent-ils intervenir dans la vie privée ?
- En cas de mauvais traitement ou de divorce, la femme est-elle convenablement accueillie dans la famille paternelle ?
- L’homme peut-il épouser plusieurs femmes ?
- Quelle est la condition de la femme mariée ?
- Jouit-elle d’une certaine autorité sur ses fils ou filles lorsque ceux-ci ont dépassé l’âge de la puberté ?
b) Le divorce
- Quelles sont les conditions du divorce ?
- Est-il d’une pratique courante ?
- Quelle est la condition des femmes divorcées ?
c) Les ascendants
- Quelle est la situation faite aux vieillards ?
2 - La famille étendue, ou clan
La kharouba arabe, le ikhe des Chleuh
- Quels sont les devoirs qu’imposent les liens de parenté aux divers degrés ?
- De chaque clan ne dépend-il pas une clientèle de gens pauvres qui lui sont attachés, soit par des pactes anciens, soit par des intérêts, soit par des sentiments de reconnaissance, soit par contrainte ?
3 - La sous-fraction
La robâa des Riffains, des Chleuhs
- Plusieurs clans ne se groupent-ils en vue de constituer une  sorte d’unité administrative, la robâa ?
- La robâa est-elle constitué en vue de la répartition ?

Questionnaire_1

Questionnaire_2

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Remerciements

Merci à Madame Balmigère, à Madame Decordier, à Monsieur Lafite, à Madame Kerhuel et à Pierre Katrakazos pour avoir accepté de mettre leurs archives familiales à disposition. Sauf indication contraire, les documents reproduits font partie des archives de l’auteur.